Archives mensuelles : janvier 2015

PORTRAIT D’EBALE

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Nous avons le plaisir de recevoir, pour un Cœur à Cœur Acoustique, le chanteur Ebalé.

L’occasion nous est donnée de découvrir les parcours d’homme et d’artiste de celui qui, au début de l’année dernière, nous a offert un moment magique en ce lieu même. Il me semble que c’était d’ailleurs le jour de son anniversaire.

Ceux qui ont assisté à cette incursion dans le beau et dans l’émotion s’en souviennent certainement.

Avec sa guitare et sa voix, les yeux qu’il gardait quelquefois fermés et la tête levée, Ebalé nous avait invités dans des hauteurs esthétiques et dans des profondeurs émotionnelles, nous rappelant que la musique en soi est langage.

En effet, il n’est pas besoin de discerner le sens d’une chanson pour se laisser emporter par elle vers de belles cimes émotionnelles.

Ce moment-là ne pouvait que nous inciter à le recevoir un jour, pour qu’il ait davantage de temps pour nous faire naviguer dans sa belle musicalité et nous ouvrir son répertoire.

Le jour est donc venu de découvrir un peu mieux Ebalé et sa musique qu’il nomme « Soul Na Bisso », la musique soul enracinée et réinventée par les sources congolaises qui fondent le chanteur, telles que la rumba congolaise notamment.

Ebalé est né au Congo Brazzaville dans une famille qui n’est pas spécialement mélomane et encore moins musicienne mais très tôt la musique le happe.

Il vient à elle d’abord par la danse et le Rap.

Avec ses amis, il participe à des concours de danse HIP HOP. On y chante certes, mais la danse est reine. A cette époque déjà, notre invité s’intéresse à la musique, aux voix. Les musiques qu’il aime en ce temps-là viennent essentiellement des mondes afro-américains Johnny Gill, Boyz II Men, New Edition, Guy, Teddy Riley, R Kelly, etc.

La musique le passionne, lui devient viscérale, il chante comme il respire. I sait que par elle il a trouvé son langage fondamental. Cette passion absolue ne gêne pas ses parents, aussi longtemps qu’il se souvient que les études sont la priorité. Il commence à chanter çà et là, fait des rencontres, se fait remarquer par ses qualités vocales. Il fait ses premières scènes à Brazzaville en 1991 avec Martial Goumeliloko (pianiste, chanteur, auteur compositeur).

Au milieu des années 90, il ressent le besoin de venir à la rumba congolaise, d’apprendre à la chanter, le ressentir de l’intérieur. Il la chante en ce temps-là « comme un blanc », selon ceux qui le taquinent à ce sujet et lui suggèrent de rester confiné dans les espaces dans lesquels sa voix et son chant sont « comme à la maison », la soul et la RnB.

Mais le jeune Mellon Gakana sait qu’il manque quelque chose à sa soul. Il leur manque des racines afro-africaines, des racines congolaises.  Il a conscience que, aller vers la rumba congolaise c’est aller vers lui-même. Il sent intuitivement qu’il a besoin de cette rencontre pour se compléter musicalement. La soul américaine ne saurait dire complètement la sensibilité propre qui est la sienne et qui a ses racines en terre africaine. Alors faisant fi des quolibets, il travaille, apprend, s’approprie peu à peu cette musique et son chant. Il sait que cette musique, ses rythmes, ses vibrations, sa vie font partie de lui, de ses fondations.

C’est le premier pas vers ce qui sera son expression musicale, ce qu’il appelle Soul Na Bisso, une fusion de la Soul Music et des rythmes africains, congolais.

Mais revenons au voyage du jeune homme qu’il est encore en terre de rumba

Il intègre un premier groupe de rumba qui s’appelle Top Musique. Pendant les vacances Ebalé commence à tourner avec ce groupe et parfait par la pratique son style vocal et son appréhension de l’univers rumba. Il continue le lycée bien sûr. Ses parents n’auraient pas permis qu’il le fasse.

Plus tard, il rejoint après casting un groupe de rumba congolaise très connu,  Extra Musica International. C’est une expérience artistique et humaine qui comptera artistiquement et qui formera son caractère en même temps que son talent vocal s’affinera. Il participera à deux albums de ce groupe en 1998 et 1999. Il quitte le groupe en 1999.

Après son départ d’Extra Musica International, il quitte le Congo et rejoint la France pour faire des études.

La musique ne le quitte pas. Il collabore avec un ancien membre du groupe et de cette collaboration naîtra au bout de deux ans « Flash », un album qui connaîtra un succès confidentiel.

Ebalé, bien que portant toujours la musique en lui, déplace ses priorités vers la construction de sa vie professionnelle et de sa vie d’homme.

Mais s’il s’est éloigné de la scène musicale, la musique ne le quitte pas. Chez lui il travaille son chant, écrit et compose des musiques, perfectionne son jeu à la guitare. Il sait qu’en toutes choses, le travail et la persévérance sont la clé vers l’excellence.

La musique revient le chercher en 2007 quand il est invité à participer à quelques événements musicaux. C’est le point d’un nouveau départ à partir duquel le chanteur, prenant pour pseudonyme Ebalé, peut offrir son répertoire au double ancrage Soul et Africaine.

Il fait par ailleurs des rencontres déterminantes avec deux aînés qui viennent des deux Congo. Ces rencontres vont le construire et lui donner une meilleure appréhension du business de la musique en France notamment. L’une de ces rencontres c’est So Kalmery qui lui fait découvrir le brakka, musique ancestrale qui porte en son nom à la fois le commencement et l’infini. Cette rencontre lui permet de s’affirmer en tant que musicien et le ramène vers ses fondations africaines. L’autre rencontre c’est avec Nzongo Soul qui a été connu en France pour avoir posé sa belle voix sur Noir et Blanc de Bernard Lavilliers.

Ebalé a une passion, celle de faire briller l’image de l’Afrique dans les arts et dans les nouvelles technologies. Il veut que les expressions artistiques portées par l’Afrique, les Afriques aient de meilleurs espaces pour être entendue et mise en lumière. Habitant la banlieue francilienne, il connait les zones d’enclavement que peuvent être les villes au-delà du périphérique parisien, et combien des talents magnifiques peuvent être confinés dans le silence et l’ombre.

Pour répondre à cette fermeture, Ebalé fonde une Association : Génération Soul Na Bisso avec laquelle il met en place l’évènement Art Connexion Vibes qui est carrefours de rencontre de talents artistiques divers. On y assiste à la présentation d’un artiste plasticien (vernissage), un créateur de mode (défilé de mode) et des musiciens (concert).

Derrière l’association Soul Na Bisso, il est une philosophie : celle de la connaissance de soi et de l’action. Soul Na Bisso, connaître son âme, son essence profonde pour aller vers l’autre de manière apaisée.  Soul Na Bisso, l’action : refuser la passivité, refuser d’attendre que les choses se fassent toutes seules ou que les autres les fassent pour nous, mais se mettre en mouvement pour convertir ses projets et rêves en réalité. Un pas à la fois, mais un pas ferme.

Soul Na Bisso c’est de nombreux projets artistiques, médiatiques, et une passion qui brûle celui qui la porte sans le consumer.

Merci de recevoir avec la chaleur qui caractérise nos rencontres, un chanteur de grand talent, et un humain passionnant.

Je compte sur vous et sur lui pour une rencontre de Cœur à Cœur, un moment de musique et d’humanité.

Merci.

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©Chantal EPEE

Auteur, Directrice du Cœur à Cœur Acoustique

Présidente Afrodiaspor’Arts-Expressions of Black Cultures.

 

PORTRAIT D’ABOU DIARRA

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Nous avons l’immense plaisir de recevoir Abou Diarra, chanteur et joueur de N’goni qui nous vient de la région de Wassoulou au Mali. Nous allons voyager ensemble au rythme de sa musique qui allie les rythmes traditionnels de sa terre natale aux sons venus du blues, du jazz ou du rock.

Abou Diarra est un homme, un artiste en mouvement, qui ne conçoit pas la musique comme un lieu figé. Cela s’explique peut-être, par la manière dont il fait la rencontre de ce qui allait devenir son instrument, le véhicule de ses émotions et de sa vision du monde.

Le jeune Abou, pour des raisons de nécessité financière a quitté son Mali natal pour rejoindre la Côte d’Ivoire afin de tenter d’y gagner sa vie. Il y trouve du travail mais, est exploité par un employeur peu scrupuleux. Abou décide quitter ce patron dépourvu d’honnêteté et, dans la rue à Abidjan, il croise un joueur de Ngoni. C’est une rencontre, avec le son, avec la vibration particulière de propre à cet instrument qui est quelque part, entre la harpe et le luth, si l’on tente de le décrire depuis une perspective occidentale.

Le joueur qui le fascine alors c’est Yoro Diallo, un grand maître du Kamale Ngoni.

Conscient qu’il vient d’entrer en contact avec un instrument qui le rencontre, Abou veut aller avec ce maître. Mais ce dernier, qui repart pour le Mali le lendemain, le confie à un de ses élèves chez qui Abou demeure une année. Malheureusement, ses progrès ne sont pas probants et Abou est découragé. Il n’a qu’une envie, celle de rentrer chez lui, de retrouver les siens. Il se met en mouvement pour un retour au pays natal. C’est alors que, à peine sorti de chez celui qui le formait, il croise dans la rue un homme qui marche avec un ngoni.

Cette rencontre ne peut procéder du hasard !

Il est une histoire qui aspire à s’écrire au travers de la fusion d’un homme avec cet instrument. Abou parle avec le joueur de Ngoni qui marche et lui parle de sa situation, de son cas. Ce dernier ne peut l’emmener avec lui mais, comme il a deux Ngoni, il en donne un à Abou qui se met à son tour à marcher.

Il marche quatre mois et vingt-six jours pour rejoindre Bamako depuis Abidjan. C’est là, dit-il « que je suis devenu un joueur de Ngoni, sur la route »

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La rencontre réelle, l’amitié, l’intimité d’Abou Diarra s’est construite et établie dans la solitude et dans le mouvement. Comment pourrait-il envisager la musique comme un prescrit figé ? Le musicien ne cesse d’explorer les possibilités du Ngoni et les rencontres qu’il peut faire avec d’autres instruments, tels que le violon, l’accordéon par exemple. Il aime qu’un instrumentiste complètement étranger aux univers portés originellement par le Ngoni, vienne avec les mondes qui l’habitent, pour apporter sa sensibilité personnelle et, enrichir sa musique.

De retour à Bamako, il a le privilège d’être formé par un virtuose aveugle du Ngoni. Vieux Kanté est, selon les mots d’Abou Diarra, « un génie du Ngoni »  La formation qu’il recevra de ce maître du Ngoni, durera sept ans au cours desquels, il ne quittera quasiment pas celui qui l’enseigne. Ce sera une école de l’humilité. Pendant trois ans, Abou ne sera pas autorisé à exercer son art dehors, mais uniquement chez son formateur. C’était frustrant, décourageant, mais formateur : “Abou, ce n’est pas parce que je suis aveugle que je ne vois rien, je vois avec mon cœur. Il faut attendre un peu. Un jour viendra.”

Cette promesse a tempéré la fougue d’Abou et, quand deux ans plus tard, son maître le libère pour aller vers sa propre « carrière » de joueur de Ngoni, c’est Abou qui refuse, tenant à veiller sur le vieil aveugle qui, n’a pas d’autre aide que lui. Se lancer pour lui-même n’est plus urgent. La fidélité de son élève touche profondément le maître qui lui descelle ce qu’il lui avait jusque-là, caché. Après la mort de ce maître, Abou va librement à la rencontre du joueur de Ngoni qu’il est devenu.

La musique d’Abou Diarra parle sans surprise du voyage, de l’exil, du mouvement. Les rythmes et styles où se mélangent, au fil de ses rencontres avec des pays, des sonorités, des influences. « Chaque fois qu’il découvre un genre musical, comme le reggae, » dit Bertrand Lavaine journaliste à RFI, «  il cherche à transposer les notes, le jeu, rajoute au besoin des cordes à son instrument. »

Abou Diarra explore la musique hors des gammes classiques, utilise son N’goni comme une guitare, comme une basse, une harpe ou une percussion.  Il nous entraine dans des balades silencieuses et nostalgiques ou dans des rythmes plus enlevés qui invitent à la danse.

Notre invité a appris en marchant. Il a aussi apprivoisé son instrument alors qu’il apprenait au pied d’un génie du Ngoni. De lui, il a probablement reçu le désir de transmettre sa science à d’autres. Abou Diarra anime des ateliers pour enseigner le Ngoni.

Aujourd’hui nous accueillons l’un des plus brillants ambassadeurs du Kamale Ngoni.

Nous avons avec lui le privilège d’écouter sa musique que nous pouvons nous procurer à la fin et nous le faire dédicacer.

Cher Abou, merci de nous avoir fait l’amitié de venir nous rejoindre pour un cœur à cœur. Nous sommes heureux de recevoir l’artiste et l’homme, nous avons hâte d’écouter ta musique, de nous laisser transporter par le Kamale Ngoni, et de découvrir ta fascinante trajectoire de vie à la rencontre de la musique.

©Chantal EPEE

Auteur, Directrice du Cœur à Cœur Acoustique

Présidente Afrodiaspor’Arts-Expressions of Black Cultures.

PORTRAIT DE COCO MBASSI

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Nous avons aujourd’hui l’immense plaisir et le colossal privilège de recevoir Coco Mbassi, pour notre rendez-vous musical et humain.

Coco Mbassi est de ces artistes, de ces instrumentistes de la voix, qui offrent au public, des moments de partage qui ouvrent à un auditoire, des espaces privilégiés pour que humanités puissent se rencontrer, voire se fondre. En effet, au contact de sa musique, de sa voix, de sa sensibilité, ceux qui l’écoutent se dépouillent, grâce à l’émotion partagée ensemble, de ces oripeaux qui aisément, dressent les humains les uns contre les autres. Les apparences, le faire, le croire ne sont plus prioritaires. Ce qui compte, c’est ce qui unit les hommes : une communauté d’humanité.

La voix et l’âme de  la chanteuse sont sœurs jumelles, voire siamoises. L’âme de Coco Mbassi emprunte le corridor du chant, pour proposer aux nôtres, un baume qui guérit, au travers de l’espérance.

C’est cette espérance qu’elle appelle pour l’enfance abandonnée qu’elle chante dans Madoï, alors qu’elle raconte une existence dont l’aube est fracassée, un âge tendre sur lequel l’on ne parierait pas, mais qui pourtant, rencontre une main tendue et qui peut lever les yeux et envisager l’avenir avec espoir. L’espérance, un besoin viscéral dans un monde dans lequel, solitude, violence et douleurs gangrènent l’humain.

A Afrodiaspor’Arts nous apprécions, nous admirons, et en plus, nous aimons Coco Mbassi. Pourquoi ? Me direz-vous. Parce qu’en plus d’être une merveilleuse artiste elle est l’une des marraines de notre Association. Elle n’est pas une marraine de surface, elle porte en elle le feu qui nous anime en tant qu’association pour faire connaître et participer à faire briller les expressions artistiques et culturelles qui nous arrivent des espaces afro diasporiques.

Nous sommes heureux de lui offrir cet espace pour vous rencontrer d’abord par son langage initial, le chant, (Oui Coco Mbassi, dit la légende interne à sa famille, aurait chanté avant de parler.)

 

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Qui est Coco Mbassi ?

C’est une voix, une émotion, une authenticité, une vérité qui nous enchantent depuis plus de vingt ans, depuis le temps où, âgée de 18 ans, elle a téléphoné à Toto Guillaume qui ne la connaissait pas, pour lui dire, « Je m’appelle Coco Mbassi, et je voudrais chanter ». Toto Guillaume, après avoir ri sous l’effet de la surprise peut-être, l’invite en studio pour faire des chœurs sur une chanson d’un l’album d’Ali Baba. Lors de cette séance elle rencontrera Justin Bowen, Marilou et George Seba. Ces deux derniers s’avèreront pour elle, des rencontres essentielles.

Mais ne nous précipitons pas vers les dix-huit ans de la chanteuse, revenons aux sources de son existence.

Coco Mbassi est née dans une famille dans laquelle, la musique est centrale. Son père, féru de musique classique et de jazz, joue de la guitare et chante. Mélomane, issu d’une lignée dans laquelle la musique est atavique depuis au moins cinq générations, l’auteur des jours de Coco, tous les dimanches, fait résonner, dans l’habitation familiale, le Messie de Haendel, exerçant ainsi l’oreille de ses enfants, et façonnant leur écoute intérieure et extérieure de la musique.

La mère quant à elle, lit la musique, aime le rythm & blues, ainsi que la musique pop. Ses grand-mères maternelle et paternelle chantent et lui enseignent des cantiques. Coco les chante avec elles, et, à leur école, apprend à harmoniser.

Coco Mbassi a 7 ans quand elle connaît véritable choc musical. Il s’agit d’un séisme par identification. Elle découvre le Michael Jackson des années 1970 et est émerveillée par sa voix et par son talent. Mais il y a un plus, quelque chose qui fait qu’elle s’identifie à lui : il est tout petit, comme elle, et il chante.

Elle est comme lui, puisqu’elle chante comme elle respire. Elle a chanté avant de parler et, enfant, elle fredonne tout le temps. La musique l’a sauvée enfant d’une difficulté de parler. Le chant lui est tellement intrinsèque qu’à partir de six ans, elle fait des concours de chant qu’elle remporte d’une année sur l’autre.

A 9 ans, elle a le privilège de voir en concert la grande Miriam Makeba, qui la bouleverse musicalement et humainement, et qui lui donne l’occasion de découvrir la douloureuse histoire d’une Afrique du Sud otage d’un Apartheid qui dévore ses enfants.

Un jour de 1979, elle tombe amoureuse d’une voix, d’une sensibilité, d’une subtilité, d’une ligne de basse, Dina Bell vient d’entrer dans la vie musicale de Coco Mbassi par la porte de «  Yoma Yoma. ».

Son père qui discerne très tôt sa passion pour la musique, ne veut pas envisage d’en faire un métier, il ne connaît que trop les incertitudes liées à cette profession.

Mais Coco a toujours chanté. Elle n’a pas pensé faire carrière, mais plutôt faire ce pour quoi elle est. Chanter lui est viscéral, intrinsèque, structurel. Pour elle chanter ce n’est pas faire quelque chose, c’est simplement être qui elle est.

A dix-huit ans, elle veut aller à la rencontre de l’appel du chant en elle, mais elle ne connaît personne dans le milieu. Elle trouve le numéro de téléphone de Toto Guillaume et l’appelle. L’aventure professionnelle commence. Satisfait de la qualité de son travail, Toto Guillaume l’appellera pendant dix ans pour faire les chœurs sur tous albums qu’il produit, réalise et ou arrange. Le bouche à oreille  faisant son œuvre, elle travaillera avec des musiciens camerounais, ivoiriens, africains du Nord et du Sud du Sahara. Grâce à George Seba et Marilou elle intègrera une chorale et, élargira ses compétences dans le chant.

En 1993, elle avait fait une autre rencontre déterminante, celle avec Serge Ngando, extraordinaire musicien : guitariste, bassiste, contrebassiste, arrangeur, producteur, et compositeur, dans un studio de répétition. Ils commencent à travailler ensemble en 1996. C’est l’année au cours de laquelle elle est lauréate du prix des découvertes RFI avec Mwenge mwa ndolo, une chanson écrite par le regretté Noel Ekwabi. Grace à cette station radio elle fait une tournée importante.

 

Très jeune, Coco se procure un magnétophone 4 pistes, ce qui lui permet de travailler l’harmonisation de la musique. Tribalism qui se trouve sur son dernier album a été composé ainsi, il y a 20 ans. L’air de rien elle se prépare déjà à la carrière solo qui débutera brillamment, avec le prix des découvertes RFI en 1996.

En 2001, paraît son premier album, SEPIA qu’elle produit avec Serge Ngando. C’est un disque  par lequel, elle va à la rencontre de tout ce qui la constitue, comme on regarde de vieilles photos et que l’on récupère par la mémoire un morceau de soi oublié dans le passé. L’accueil critique et public de SEPIA est excellent, quelquefois dithyrambique. Le succès est immense, notamment en Allemagne. Elle fera 500 concerts en 2 ans, dont 90% en Allemagne. Elle remporte de nombreux prix

En 2003, paraît l’album SISEA produit avec Serge Ngando. La chanteuse a davantage en tête un plan, sinon de carrière, mais de trajectoire musicale.

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Et onze ans plus tard, elle nous revient avec JÒA. Mais Coco n’a jamais quitté la musique, en dépit des difficultés rencontrées au fil des ans. Nul n’a pu ravir à l’artiste son chant et sa musique.

Le timbre singulier de notre Coco Mbassi, ce léger voile déposé sur sa voix, dégage une vérité qui vous touche, voire vous bouleverse quand vous vous ouvrez à lui.

Elle chante le monde qui l’entoure, ses émotions et son regard de femme, de mère, d’Africaine, de Panafricaine, de chrétienne, de citoyenne du monde.

Elle chante depuis l’entre deux dans lequel elle réside l’adolescence.

Coco a en effet quatorze ans lorsque sa famille s’installe en France. La chanteuse est une somme complexe d’entre deux : L’entre deux langues, l’entre deux, voire trois pays, l’entre plusieurs langues, le Duala, le Pongo, le Français, l’Anglais, et les langues qu’elle glanera çà et là au gré de ses migrations intérieures au Cameroun et de ses voyages de par le monde.

Elle chante depuis les univers qui l’habitent depuis une enfance presque mutique, qui fredonnait davantage qu’elle ne parlait, et qui se passionnait pour les langues quelle apprenait aisément.

Elle chante depuis la langue anglaise qui lui est naturelle depuis l’aube de son existence.

Son regard sur le monde, est médiatisé par les valeurs cardinales qui la structurent et, elle vous emmène en chanson de l’intime à l’universel.

Elle explore les rythmes traditionnels du Cameroun, du Mali, de la Caraïbe et d’ailleurs. Son appréhension du Duala et du Pongo, sa connaissance du Cameroun et de ses multiples expressions culturelles alors qu’elle a quitté le Cameroun comme elle entrait dans l’adolescente sont impressionnantes. Coco est la preuve que l’on peut vivre hors de sa terre d’origine et découvrir ses racines, ses assises culturelles.

Rien n’est contrefait dans son propos, elle livre ce qu’elle croit, ce qu’elle voit et vous invite au plus près de sa vérité. C’est probablement pour cela, que sa voix semble vous rencontrer au plus profond, même si vous ne comprenez pas la langue dans laquelle elle s’exprime.

Coco a fait le choix de servir es autres par le don qu’elle dit avoir reçu de Dieu. C’est ainsi qu’elle offre son talent, sa voix et sa passion pour cet autre centre d’intérêt : l’Afrique et ses descendants, quels que soient les espaces dans lesquels ils se trouvent.

Elle n’a de cesse de s’opposer à la vassalisation organisée de l’Afrique et veut, par son travail, participer au relèvement de cette terre, des Africains et des Afro-descendants.

C’est ainsi que dans chanson Mangamba, de son nouvel album elle nous invite à réfléchir sur et à explorer l’histoire de nos ancêtres, pour comprendre comment le peuple de fondation, le peuple premier, est devenu le dernier.

Coco chante le monde, depuis les espaces intimes d’une vie d’homme, jusqu’ au vaste monde dans lequel, nous devons, les uns et les autres, nous inventer nos existences.

Alors, nous entendons le cœur d’une mère qui dit, dans Dibongo, combien l’éducation d’un enfant est un défi et, que les fondations que nous posons dans la vie de nos filles et fils détermineront leur avenir. « Instruis l’enfant selon la voix qu’il doit suivre et, devenu grand il ne s’en détournera pas »

Elle dénonce un fléau qui corrode l’Afrique de l’intérieur, et le plonge dans des guerres absurdes qui prennent racine dans la xénophobie, le tribalisme, l’exclusion de l’autre, et qui font couler sur cette magnifique terre des rivières ensanglantées. Dans Tribalism la chanteuse nous dit « STOP ! ». Plutôt que de nous entretuer, œuvrons à l’essentiel, nourrir tous nos enfants, les éduquer, les bâtir. Apprenons, dit-elle à nous supporter les uns les autres et, comme le font les autres peuples, construisons notre Afrique.

« Que de cris, et de sang versé, que de haine et de guerres parmi les fils d’Afrique. De grâce arrêtez ! ».

Coco est panafricaine et exècre la xénophobie, les assignations à résidence dans des identités en cage.  La chanteuse aime explorer les autres territoires, entre autre, au moyen de la musique. C’est ainsi qu’elle nous offre Mande, musique mandingue de toute beauté, faisant exploser ces frontières qui compriment le « je ». Elle est Coco Keita, Coco Mousso, tandis que Serge Ngando, le fabuleux musicien qui l’accompagne magnifiquement depuis vingt dans le voyage musical auquel elle nous invite, devient Ngando Kouyate. Dans la voix et dans l’intention de Coco, les épousailles des noms issus de la région littorale du Cameroun et de ceux qui viennent du Mali sont justes évidentes. Les noms sont beaux et, ils nous rappellent que les murs entre les peuples d’Afrique sont construits dans nos têtes. Coco, par cette chanson, nous invite à accueillir la musique africaine dans sa diversité, sans discrimination et, d’applaudir la belle musique d’où qu’elle vienne.

En filigrane et dans les fondations de sa musique la foi de Coco est présente. On l’entend dans le regard qu’elle pose sur le monde, sur la vie. On la discerne clairement dans des chansons telles que Diwuta, dans laquelle elle parle de Celui qui est son Refuge, on l’entend dans Dibongo, dans Makaki ses quêtes de lui et la foi en sa fidélité. Sur Jóa, elle rend un superbe hommage à Dina Bell en reprenant sa musique, en se l’appropriant sans trahir l’original. Coco est tombée amoureuse de la musique de Dina Bell en 1979, elle demeure fidèle à ce grand, ce très grand chanteur qui nous vient du Cameroun.

Il y aurait tant à dire sur l’album fabuleux que nous présente notre invitée aujourd’hui. Je pourrais en parler pendant des heures mais, je vais laisser là me subjectives exégèse de Jóa, juste le temps de vous dire que ce disque est une merveille acoustique, artistique, émotionnelle, humaine.

C’est un album qui ne s’embarrasse pas d’effets superflus, il tend vers l’épure tout en offrant une variété musicale d’une grande richesse. Vous l’écoutez et vous vous le repassez en boucle. Etrangement il vous fait du bien sans effort, il vous apaise. C’est aussi l’une des signatures de Coco Mbassi, celle de poser un baume sur les contusions de l’âme humaine.

L’attente pour nous, aura été longue entre Sisea et Jóa mais, elle aura valu la peine. L’album dont le titre Jóa, signifie cheminer vers la maturité est une bonne nouvelle, Coco Mbassi mûrit avec grâce et profondeur.

©Chantal EPEE

Auteur, Directrice du Cœur à Cœur Acoustique

Présidente Afrodiaspor’Arts-Expressions of Black Cultures.