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Deux ans de Coeur à Coeur Acoustique vision,moments et impressions

Aujourd’hui vous fêtons notre deuxième anniversaire.

Nous avons compilé quelques moments et des témoignages d’artistes et du public pour vous donner un aperçu de ce que nous vivons le dimanche après-midi avec des artistes généreux et un public extraordinaire.

Merci à tous ceux qui sont venus au fil des mois et ont participé à faire vivre notre événement.

Merci à l’équipe dans les coulisses sans laquelle nous ne serions pas.

 

PORTRAIT D’ABOU DIARRA

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Nous avons l’immense plaisir de recevoir Abou Diarra, chanteur et joueur de N’goni qui nous vient de la région de Wassoulou au Mali. Nous allons voyager ensemble au rythme de sa musique qui allie les rythmes traditionnels de sa terre natale aux sons venus du blues, du jazz ou du rock.

Abou Diarra est un homme, un artiste en mouvement, qui ne conçoit pas la musique comme un lieu figé. Cela s’explique peut-être, par la manière dont il fait la rencontre de ce qui allait devenir son instrument, le véhicule de ses émotions et de sa vision du monde.

Le jeune Abou, pour des raisons de nécessité financière a quitté son Mali natal pour rejoindre la Côte d’Ivoire afin de tenter d’y gagner sa vie. Il y trouve du travail mais, est exploité par un employeur peu scrupuleux. Abou décide quitter ce patron dépourvu d’honnêteté et, dans la rue à Abidjan, il croise un joueur de Ngoni. C’est une rencontre, avec le son, avec la vibration particulière de propre à cet instrument qui est quelque part, entre la harpe et le luth, si l’on tente de le décrire depuis une perspective occidentale.

Le joueur qui le fascine alors c’est Yoro Diallo, un grand maître du Kamale Ngoni.

Conscient qu’il vient d’entrer en contact avec un instrument qui le rencontre, Abou veut aller avec ce maître. Mais ce dernier, qui repart pour le Mali le lendemain, le confie à un de ses élèves chez qui Abou demeure une année. Malheureusement, ses progrès ne sont pas probants et Abou est découragé. Il n’a qu’une envie, celle de rentrer chez lui, de retrouver les siens. Il se met en mouvement pour un retour au pays natal. C’est alors que, à peine sorti de chez celui qui le formait, il croise dans la rue un homme qui marche avec un ngoni.

Cette rencontre ne peut procéder du hasard !

Il est une histoire qui aspire à s’écrire au travers de la fusion d’un homme avec cet instrument. Abou parle avec le joueur de Ngoni qui marche et lui parle de sa situation, de son cas. Ce dernier ne peut l’emmener avec lui mais, comme il a deux Ngoni, il en donne un à Abou qui se met à son tour à marcher.

Il marche quatre mois et vingt-six jours pour rejoindre Bamako depuis Abidjan. C’est là, dit-il « que je suis devenu un joueur de Ngoni, sur la route »

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La rencontre réelle, l’amitié, l’intimité d’Abou Diarra s’est construite et établie dans la solitude et dans le mouvement. Comment pourrait-il envisager la musique comme un prescrit figé ? Le musicien ne cesse d’explorer les possibilités du Ngoni et les rencontres qu’il peut faire avec d’autres instruments, tels que le violon, l’accordéon par exemple. Il aime qu’un instrumentiste complètement étranger aux univers portés originellement par le Ngoni, vienne avec les mondes qui l’habitent, pour apporter sa sensibilité personnelle et, enrichir sa musique.

De retour à Bamako, il a le privilège d’être formé par un virtuose aveugle du Ngoni. Vieux Kanté est, selon les mots d’Abou Diarra, « un génie du Ngoni »  La formation qu’il recevra de ce maître du Ngoni, durera sept ans au cours desquels, il ne quittera quasiment pas celui qui l’enseigne. Ce sera une école de l’humilité. Pendant trois ans, Abou ne sera pas autorisé à exercer son art dehors, mais uniquement chez son formateur. C’était frustrant, décourageant, mais formateur : “Abou, ce n’est pas parce que je suis aveugle que je ne vois rien, je vois avec mon cœur. Il faut attendre un peu. Un jour viendra.”

Cette promesse a tempéré la fougue d’Abou et, quand deux ans plus tard, son maître le libère pour aller vers sa propre « carrière » de joueur de Ngoni, c’est Abou qui refuse, tenant à veiller sur le vieil aveugle qui, n’a pas d’autre aide que lui. Se lancer pour lui-même n’est plus urgent. La fidélité de son élève touche profondément le maître qui lui descelle ce qu’il lui avait jusque-là, caché. Après la mort de ce maître, Abou va librement à la rencontre du joueur de Ngoni qu’il est devenu.

La musique d’Abou Diarra parle sans surprise du voyage, de l’exil, du mouvement. Les rythmes et styles où se mélangent, au fil de ses rencontres avec des pays, des sonorités, des influences. « Chaque fois qu’il découvre un genre musical, comme le reggae, » dit Bertrand Lavaine journaliste à RFI, «  il cherche à transposer les notes, le jeu, rajoute au besoin des cordes à son instrument. »

Abou Diarra explore la musique hors des gammes classiques, utilise son N’goni comme une guitare, comme une basse, une harpe ou une percussion.  Il nous entraine dans des balades silencieuses et nostalgiques ou dans des rythmes plus enlevés qui invitent à la danse.

Notre invité a appris en marchant. Il a aussi apprivoisé son instrument alors qu’il apprenait au pied d’un génie du Ngoni. De lui, il a probablement reçu le désir de transmettre sa science à d’autres. Abou Diarra anime des ateliers pour enseigner le Ngoni.

Aujourd’hui nous accueillons l’un des plus brillants ambassadeurs du Kamale Ngoni.

Nous avons avec lui le privilège d’écouter sa musique que nous pouvons nous procurer à la fin et nous le faire dédicacer.

Cher Abou, merci de nous avoir fait l’amitié de venir nous rejoindre pour un cœur à cœur. Nous sommes heureux de recevoir l’artiste et l’homme, nous avons hâte d’écouter ta musique, de nous laisser transporter par le Kamale Ngoni, et de découvrir ta fascinante trajectoire de vie à la rencontre de la musique.

©Chantal EPEE

Auteur, Directrice du Cœur à Cœur Acoustique

Présidente Afrodiaspor’Arts-Expressions of Black Cultures.