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PORTRAIT DE COCO MBASSI

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Nous avons aujourd’hui l’immense plaisir et le colossal privilège de recevoir Coco Mbassi, pour notre rendez-vous musical et humain.

Coco Mbassi est de ces artistes, de ces instrumentistes de la voix, qui offrent au public, des moments de partage qui ouvrent à un auditoire, des espaces privilégiés pour que humanités puissent se rencontrer, voire se fondre. En effet, au contact de sa musique, de sa voix, de sa sensibilité, ceux qui l’écoutent se dépouillent, grâce à l’émotion partagée ensemble, de ces oripeaux qui aisément, dressent les humains les uns contre les autres. Les apparences, le faire, le croire ne sont plus prioritaires. Ce qui compte, c’est ce qui unit les hommes : une communauté d’humanité.

La voix et l’âme de  la chanteuse sont sœurs jumelles, voire siamoises. L’âme de Coco Mbassi emprunte le corridor du chant, pour proposer aux nôtres, un baume qui guérit, au travers de l’espérance.

C’est cette espérance qu’elle appelle pour l’enfance abandonnée qu’elle chante dans Madoï, alors qu’elle raconte une existence dont l’aube est fracassée, un âge tendre sur lequel l’on ne parierait pas, mais qui pourtant, rencontre une main tendue et qui peut lever les yeux et envisager l’avenir avec espoir. L’espérance, un besoin viscéral dans un monde dans lequel, solitude, violence et douleurs gangrènent l’humain.

A Afrodiaspor’Arts nous apprécions, nous admirons, et en plus, nous aimons Coco Mbassi. Pourquoi ? Me direz-vous. Parce qu’en plus d’être une merveilleuse artiste elle est l’une des marraines de notre Association. Elle n’est pas une marraine de surface, elle porte en elle le feu qui nous anime en tant qu’association pour faire connaître et participer à faire briller les expressions artistiques et culturelles qui nous arrivent des espaces afro diasporiques.

Nous sommes heureux de lui offrir cet espace pour vous rencontrer d’abord par son langage initial, le chant, (Oui Coco Mbassi, dit la légende interne à sa famille, aurait chanté avant de parler.)

 

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Qui est Coco Mbassi ?

C’est une voix, une émotion, une authenticité, une vérité qui nous enchantent depuis plus de vingt ans, depuis le temps où, âgée de 18 ans, elle a téléphoné à Toto Guillaume qui ne la connaissait pas, pour lui dire, « Je m’appelle Coco Mbassi, et je voudrais chanter ». Toto Guillaume, après avoir ri sous l’effet de la surprise peut-être, l’invite en studio pour faire des chœurs sur une chanson d’un l’album d’Ali Baba. Lors de cette séance elle rencontrera Justin Bowen, Marilou et George Seba. Ces deux derniers s’avèreront pour elle, des rencontres essentielles.

Mais ne nous précipitons pas vers les dix-huit ans de la chanteuse, revenons aux sources de son existence.

Coco Mbassi est née dans une famille dans laquelle, la musique est centrale. Son père, féru de musique classique et de jazz, joue de la guitare et chante. Mélomane, issu d’une lignée dans laquelle la musique est atavique depuis au moins cinq générations, l’auteur des jours de Coco, tous les dimanches, fait résonner, dans l’habitation familiale, le Messie de Haendel, exerçant ainsi l’oreille de ses enfants, et façonnant leur écoute intérieure et extérieure de la musique.

La mère quant à elle, lit la musique, aime le rythm & blues, ainsi que la musique pop. Ses grand-mères maternelle et paternelle chantent et lui enseignent des cantiques. Coco les chante avec elles, et, à leur école, apprend à harmoniser.

Coco Mbassi a 7 ans quand elle connaît véritable choc musical. Il s’agit d’un séisme par identification. Elle découvre le Michael Jackson des années 1970 et est émerveillée par sa voix et par son talent. Mais il y a un plus, quelque chose qui fait qu’elle s’identifie à lui : il est tout petit, comme elle, et il chante.

Elle est comme lui, puisqu’elle chante comme elle respire. Elle a chanté avant de parler et, enfant, elle fredonne tout le temps. La musique l’a sauvée enfant d’une difficulté de parler. Le chant lui est tellement intrinsèque qu’à partir de six ans, elle fait des concours de chant qu’elle remporte d’une année sur l’autre.

A 9 ans, elle a le privilège de voir en concert la grande Miriam Makeba, qui la bouleverse musicalement et humainement, et qui lui donne l’occasion de découvrir la douloureuse histoire d’une Afrique du Sud otage d’un Apartheid qui dévore ses enfants.

Un jour de 1979, elle tombe amoureuse d’une voix, d’une sensibilité, d’une subtilité, d’une ligne de basse, Dina Bell vient d’entrer dans la vie musicale de Coco Mbassi par la porte de «  Yoma Yoma. ».

Son père qui discerne très tôt sa passion pour la musique, ne veut pas envisage d’en faire un métier, il ne connaît que trop les incertitudes liées à cette profession.

Mais Coco a toujours chanté. Elle n’a pas pensé faire carrière, mais plutôt faire ce pour quoi elle est. Chanter lui est viscéral, intrinsèque, structurel. Pour elle chanter ce n’est pas faire quelque chose, c’est simplement être qui elle est.

A dix-huit ans, elle veut aller à la rencontre de l’appel du chant en elle, mais elle ne connaît personne dans le milieu. Elle trouve le numéro de téléphone de Toto Guillaume et l’appelle. L’aventure professionnelle commence. Satisfait de la qualité de son travail, Toto Guillaume l’appellera pendant dix ans pour faire les chœurs sur tous albums qu’il produit, réalise et ou arrange. Le bouche à oreille  faisant son œuvre, elle travaillera avec des musiciens camerounais, ivoiriens, africains du Nord et du Sud du Sahara. Grâce à George Seba et Marilou elle intègrera une chorale et, élargira ses compétences dans le chant.

En 1993, elle avait fait une autre rencontre déterminante, celle avec Serge Ngando, extraordinaire musicien : guitariste, bassiste, contrebassiste, arrangeur, producteur, et compositeur, dans un studio de répétition. Ils commencent à travailler ensemble en 1996. C’est l’année au cours de laquelle elle est lauréate du prix des découvertes RFI avec Mwenge mwa ndolo, une chanson écrite par le regretté Noel Ekwabi. Grace à cette station radio elle fait une tournée importante.

 

Très jeune, Coco se procure un magnétophone 4 pistes, ce qui lui permet de travailler l’harmonisation de la musique. Tribalism qui se trouve sur son dernier album a été composé ainsi, il y a 20 ans. L’air de rien elle se prépare déjà à la carrière solo qui débutera brillamment, avec le prix des découvertes RFI en 1996.

En 2001, paraît son premier album, SEPIA qu’elle produit avec Serge Ngando. C’est un disque  par lequel, elle va à la rencontre de tout ce qui la constitue, comme on regarde de vieilles photos et que l’on récupère par la mémoire un morceau de soi oublié dans le passé. L’accueil critique et public de SEPIA est excellent, quelquefois dithyrambique. Le succès est immense, notamment en Allemagne. Elle fera 500 concerts en 2 ans, dont 90% en Allemagne. Elle remporte de nombreux prix

En 2003, paraît l’album SISEA produit avec Serge Ngando. La chanteuse a davantage en tête un plan, sinon de carrière, mais de trajectoire musicale.

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Et onze ans plus tard, elle nous revient avec JÒA. Mais Coco n’a jamais quitté la musique, en dépit des difficultés rencontrées au fil des ans. Nul n’a pu ravir à l’artiste son chant et sa musique.

Le timbre singulier de notre Coco Mbassi, ce léger voile déposé sur sa voix, dégage une vérité qui vous touche, voire vous bouleverse quand vous vous ouvrez à lui.

Elle chante le monde qui l’entoure, ses émotions et son regard de femme, de mère, d’Africaine, de Panafricaine, de chrétienne, de citoyenne du monde.

Elle chante depuis l’entre deux dans lequel elle réside l’adolescence.

Coco a en effet quatorze ans lorsque sa famille s’installe en France. La chanteuse est une somme complexe d’entre deux : L’entre deux langues, l’entre deux, voire trois pays, l’entre plusieurs langues, le Duala, le Pongo, le Français, l’Anglais, et les langues qu’elle glanera çà et là au gré de ses migrations intérieures au Cameroun et de ses voyages de par le monde.

Elle chante depuis les univers qui l’habitent depuis une enfance presque mutique, qui fredonnait davantage qu’elle ne parlait, et qui se passionnait pour les langues quelle apprenait aisément.

Elle chante depuis la langue anglaise qui lui est naturelle depuis l’aube de son existence.

Son regard sur le monde, est médiatisé par les valeurs cardinales qui la structurent et, elle vous emmène en chanson de l’intime à l’universel.

Elle explore les rythmes traditionnels du Cameroun, du Mali, de la Caraïbe et d’ailleurs. Son appréhension du Duala et du Pongo, sa connaissance du Cameroun et de ses multiples expressions culturelles alors qu’elle a quitté le Cameroun comme elle entrait dans l’adolescente sont impressionnantes. Coco est la preuve que l’on peut vivre hors de sa terre d’origine et découvrir ses racines, ses assises culturelles.

Rien n’est contrefait dans son propos, elle livre ce qu’elle croit, ce qu’elle voit et vous invite au plus près de sa vérité. C’est probablement pour cela, que sa voix semble vous rencontrer au plus profond, même si vous ne comprenez pas la langue dans laquelle elle s’exprime.

Coco a fait le choix de servir es autres par le don qu’elle dit avoir reçu de Dieu. C’est ainsi qu’elle offre son talent, sa voix et sa passion pour cet autre centre d’intérêt : l’Afrique et ses descendants, quels que soient les espaces dans lesquels ils se trouvent.

Elle n’a de cesse de s’opposer à la vassalisation organisée de l’Afrique et veut, par son travail, participer au relèvement de cette terre, des Africains et des Afro-descendants.

C’est ainsi que dans chanson Mangamba, de son nouvel album elle nous invite à réfléchir sur et à explorer l’histoire de nos ancêtres, pour comprendre comment le peuple de fondation, le peuple premier, est devenu le dernier.

Coco chante le monde, depuis les espaces intimes d’une vie d’homme, jusqu’ au vaste monde dans lequel, nous devons, les uns et les autres, nous inventer nos existences.

Alors, nous entendons le cœur d’une mère qui dit, dans Dibongo, combien l’éducation d’un enfant est un défi et, que les fondations que nous posons dans la vie de nos filles et fils détermineront leur avenir. « Instruis l’enfant selon la voix qu’il doit suivre et, devenu grand il ne s’en détournera pas »

Elle dénonce un fléau qui corrode l’Afrique de l’intérieur, et le plonge dans des guerres absurdes qui prennent racine dans la xénophobie, le tribalisme, l’exclusion de l’autre, et qui font couler sur cette magnifique terre des rivières ensanglantées. Dans Tribalism la chanteuse nous dit « STOP ! ». Plutôt que de nous entretuer, œuvrons à l’essentiel, nourrir tous nos enfants, les éduquer, les bâtir. Apprenons, dit-elle à nous supporter les uns les autres et, comme le font les autres peuples, construisons notre Afrique.

« Que de cris, et de sang versé, que de haine et de guerres parmi les fils d’Afrique. De grâce arrêtez ! ».

Coco est panafricaine et exècre la xénophobie, les assignations à résidence dans des identités en cage.  La chanteuse aime explorer les autres territoires, entre autre, au moyen de la musique. C’est ainsi qu’elle nous offre Mande, musique mandingue de toute beauté, faisant exploser ces frontières qui compriment le « je ». Elle est Coco Keita, Coco Mousso, tandis que Serge Ngando, le fabuleux musicien qui l’accompagne magnifiquement depuis vingt dans le voyage musical auquel elle nous invite, devient Ngando Kouyate. Dans la voix et dans l’intention de Coco, les épousailles des noms issus de la région littorale du Cameroun et de ceux qui viennent du Mali sont justes évidentes. Les noms sont beaux et, ils nous rappellent que les murs entre les peuples d’Afrique sont construits dans nos têtes. Coco, par cette chanson, nous invite à accueillir la musique africaine dans sa diversité, sans discrimination et, d’applaudir la belle musique d’où qu’elle vienne.

En filigrane et dans les fondations de sa musique la foi de Coco est présente. On l’entend dans le regard qu’elle pose sur le monde, sur la vie. On la discerne clairement dans des chansons telles que Diwuta, dans laquelle elle parle de Celui qui est son Refuge, on l’entend dans Dibongo, dans Makaki ses quêtes de lui et la foi en sa fidélité. Sur Jóa, elle rend un superbe hommage à Dina Bell en reprenant sa musique, en se l’appropriant sans trahir l’original. Coco est tombée amoureuse de la musique de Dina Bell en 1979, elle demeure fidèle à ce grand, ce très grand chanteur qui nous vient du Cameroun.

Il y aurait tant à dire sur l’album fabuleux que nous présente notre invitée aujourd’hui. Je pourrais en parler pendant des heures mais, je vais laisser là me subjectives exégèse de Jóa, juste le temps de vous dire que ce disque est une merveille acoustique, artistique, émotionnelle, humaine.

C’est un album qui ne s’embarrasse pas d’effets superflus, il tend vers l’épure tout en offrant une variété musicale d’une grande richesse. Vous l’écoutez et vous vous le repassez en boucle. Etrangement il vous fait du bien sans effort, il vous apaise. C’est aussi l’une des signatures de Coco Mbassi, celle de poser un baume sur les contusions de l’âme humaine.

L’attente pour nous, aura été longue entre Sisea et Jóa mais, elle aura valu la peine. L’album dont le titre Jóa, signifie cheminer vers la maturité est une bonne nouvelle, Coco Mbassi mûrit avec grâce et profondeur.

©Chantal EPEE

Auteur, Directrice du Cœur à Cœur Acoustique

Présidente Afrodiaspor’Arts-Expressions of Black Cultures.

 

Gino Sitson : à la rencontre d’un funambule vocal

Gino Sitson
Bonjour à tous ! Merci de nous faire l’amitié de nous rejoindre pour un moment à part, un temps suspendu au cours duquel la musique et les mots se mêleront pour écrire une partition qui ne se jouera pas ailleurs. Pourquoi ? Parce que chacune des individualités que nous représentons est unique, et la synergie de nos talents d’auditeurs actifs, rencontrant l’univers artistique de notre invité ne se fera qu’ici, de son cœur aux nôtres, de nos cœurs au sien. Il est en ce lieu, d’une rencontre à l’autre, une énergie, un courant de vie qui n’a de cesse de nous toucher, de me toucher. J’ai envie de me poser un instant pour vous remercier, vous qui, d’une rencontre à l’autre êtes fidèles, faites confiance à nos choix artistiques, vous qui vous laissez embarquer par les artistes qui nous font l’offrande de leur talent le temps d’une après-midi. Vous êtes les meilleurs ! Sans vous, le cœur à cœur acoustique ne serait qu’un triste soliloque. Votre fidélité nous honore et nous encourage à œuvrer pour vous servir toujours mieux. Nous allons si vous le voulez bien prendre un instant pour vous acclamer. Quant à vous qui venez à notre rencontre pour la première fois, nous espérons que vous vous sentirez comme à la maison, comme lors d’un soir au village, ou dans une réunion de famille apaisée, et que vous passerez un joli moment qui vous donnera envie de revenir nous voir. Vous avez la possibilité de nous laisser vos coordonnées pour être tenus informés de nos rencontres et des activités de notre association, ainsi que de celles de notre invité. Merci aussi à tous les artistes qui nous ont fait confiance et qui sont venus à votre rencontre en ce lieu. Aujourd’hui, nous avons l’immense plaisir de recevoir Gino SITSON, vocaliste, auteur, compositeur, enseignant et chercheur en musicologie. Pourquoi sommes-nous ravis de le recevoir ? Parce qu’il est infiniment talentueux et parce qu’il a une musicalité exceptionnelle. Il devrait vous éblouir par sa capacité à faire de la voix un instrument de haute voltige sans pour autant la déconnecter du sens et de la sensibilité artistique qu’il a dévoilée au fil des cinq albums qu’il a déjà mis à la disposition du public. Au Cœur à Cœur Acoustique, nous apprécions le beau et, aimons mettre en lumière, et inviter à découvrir les différentes facettes d’un diamant par trop caché : celui des talents immenses et du vouloir dire des fils d’Afrique Sub-Saharienne et de ses diasporas afro-descendantes. Il est tant de richesses qui ont une source proche ou lointaine au sud du Sahara que nous ne connaissons pas, faute d’une visibilité suffisante. Pourtant, l’absence de lumière n’est pas défaut d’éclat, loin s’en faut. Oh rassurez-vous ! Nous ne sommes pas victimes d’une excroissance de l’ego ou d’une inflation de l’orgueil. Nous n’avons absolument pas l’impression que les artistes nous ont attendus pour se frayer un chemin vers la lumière. Nous n’avons pas davantage la prétention de nous prendre pour LA réponse à une quelconque attente, mais, nous nous proposons plutôt d’être l’une des réponses, l’un des espaces, l’une des possibilités pour servir une cause que nous croyons noble : celle de la promotion des arts et cultures d’Afrique et des diasporas, et tant qu’à faire dans le respect des artistes et de leur travail. Nous avons pour ambition de participer à faire résonner par-delà les frontière un vouloir dire si souvent ghettoïsé ou bâillonné. Nous avons aussi pour ambition d’œuvrer à rendre les expressions artistico-culturelles afrodiasporiques accessibles au public sans que ce dernier soit freiné par des questions pécuniaires Le Cœur à Cœur Acoustique est l’un des espaces engendré dans ce but par Afrodiaspor’Arts, notre association dont Gino Sitson est d’ailleurs l’un des parrains. Pour revenir à notre invité, Gino Sitson est sans aucun doute l’une des facettes du beau qu’offre l’Afrique au monde. Il est l’un des magnifiques talents qui tire sa sève du Cameroun et qui a su accueillir les ruisseaux rencontrés au gré de ses voyages et de ses explorations musicales pour élargir le lit de son fleuve intérieur et écrire une partition singulière dans laquelle les valeurs humanistes ne sont pas les moindres. Au fait, aussi surprenant que cela puisse paraître, le Cameroun n’a pas qu’un son de basse à offrir pour mettre le monde à ses pieds. Est-il besoin de rappeler le saxophone de Manu Dibango, la guitare et le verbe de Francis Bebey qui ont traversé les frontières et conquis le monde. L’Afrique est infiniment créative, le Cameroun aussi. Ne soyons pas les geôliers des prisons dans lesquelles nous enfermerions notre capacité de découvrir de nouveaux artistes. Gino Sitson élève une voix capable de mettre à genou l’émotion de qui l’écoute, de laisser interdit une oreille attentive. Par l’univers qu’il propose, on découvre que la voix n’est pas uniquement un timbre, mais un instrument à part entière. Notre invité s’en sert avec une aisance déconcertante, se baladant des graves aux aigus comme si ces sons étaient des voisins immédiats. Gino Sitson donne l’impression de ne pas faire d’efforts quand il chante. Derrière cette facilité apparente, il y a certes du talent, probablement un don, mais aussi des décennies de travail qui ont commencé à l’ombre d’artistes tels que Manu Dibango, Ron Carter, Papa Wemba, John Scofield, Wally Badarou, Bobby McFerrin, Ray Lema, Mario Canonge, et bien d’autres. Il a fait ses armes en tant que choriste. Ecole d’humilité et de professionnalisme, mais il portait une voix, des silences, des soupirs, un regard et des délires vocaux qu’il ne pouvait prêter à personne parce qu’ils étaient liés à l’homme et à l’artiste qu’il était. C’est ainsi qu’en 1996 il sort son premier album « Vocal Deliria ». Un Ovni musical qu’il faut juste l’entendre. C’est en soi une expérience. De sa voix unique, il restitue le son de nombreux instruments. Vocal Deliria marque le début d’une carrière de soliste de celui que se nomme lui-même Objet Vocal Non Identifié. L’année dernière, est paru « Listen –Vocal Deliria II » son cinquième album que vous pourrez vous procurer à ici. Pour ma part, j’ai découvert la musique de Gino Sitson en l’écoutant de l’intérieur. L’un des défis que m’a lancé cet instrumentiste de la voix a été celui de déposer une forme de rapport à la musique médiatisé par le sens des mots pour en entendre la musique intrinsèque, pour en découvrir les vêtements acoustiques. J’ai dû l’écouter faire dépouillée des béquilles auditives usuelles, et pour cause, je ne parle pas le medumba, la langue principale qu’il utilise dans son chant. On peut en effet écouter une voix et entendre voire comprendre ce qu’elle dit parce sans les prothèses usuelles. On va ainsi à l’essentiel du message. On entend la tristesse, la joie, l’amour, émotions universelles sans les distinguer clairement. On les discerne de l’intérieur. C’est étrange et saisissant. Gino Sitson a l’onomatopée qui rappelle que les mots ne sont au fond qu’une agrégation de syllabes construisant un univers acoustique et sémantique. Il utilise abondamment l’onomatopée dans sa musique. Même ceux qui comprendraient le Medumba, s’ils se laissaient emprisonner par le sens des mots, sortis du titre d’une chanson seraient aisément désarmés par son univers. Sa musique est un défi lancé aux auditeurs et un superbe voyage en perspective. Oui nous sommes ravis de recevoir Gino Sitson parce qu’il a une voix exceptionnelle, un talent indéniable, et une sensibilité artistique qui valent la rencontre. Selon Manu Dibango, «il a une voix instrumentale ». L’occasion nous est donnée cette après-midi de découvrir ce que cela veut dire n’est-ce pas ? L’occasion nous est par ailleurs offerte d’échanger avec lui et de découvrir son parcours artiste.
A toi Gino, à vous, à nous pour un Cœur à Cœur.
© Chantal EPEE

Tiki Black : A la rencontre d’une musicienne de l’âme

Tiki BlackBonjour à tous, nous vous souhaitons la bienvenue.
Merci de nous faire l’amitié de votre présence. Aujourd’hui, Afrodiaspor’Arts, notre association, dans le cadre de son Cœur à Cœur Acoustique, a le privilège de recevoir Tiki BLACK. Nous sommes d’autant plus enchantés que nous lui offrons le premier espace francilien et français pour nous présenter son premier album « OUT OF THE BLACK »
Savez-vous, cher public que vous êtes privilégiés, son album est salué en Grande Bretagne par une critique dithyrambique :
En novembre The Akademia le salue comme le meilleur album Folk aussi bien dans sa dimension chantée que dans celle de la composition musicale et textuelle, tandis que Spiral Earth dit de son disque qu’il est Chaud, qu’il vous enveloppe, vous étreint, vous enlace, et, quel compliment qu’il défie le temps, tandis que Liverpool Sound and vision lui donne la note de 9/10.
Quels magnifiques compliments et quels encouragements n’est-ce pas ?
Cela donnerait aisément la grosse tête à un débutant de 20 ans. Bonne nouvelle, Tiki n’est pas une jeune fille de vingt ans en quête de quelque gloire éphémère. C’est une artiste, un humain avec ses complexités tirées d’un vécu singulier et d’un regard sur la vie et sur le monde.
« Je pleure des chansons de ma lame d’encre et écoule le désespoir qui entier m’inonde »
C’est ainsi que débute un titre chanté en français sur son disque. C’est une artiste poétique qui vient à nous.
Tiki Black propose un bel univers et sa voix chaude et grave est un bien joli guide dans le voyage qu’elle propose. La créativité est pour elle une arme pour exorciser la peur et la peine.
Son album est celui d’une personne empathique et sensible au monde qui l’entoure. Si sa musique, selon elle, part d’expériences personnelles, elle touche cependant à l’universel en ce que ces expériences sont aussi les nôtres. Tiki Black n’a pas le « je » fermé, mais son ‘je » est « nous » en ce qu’il devient un « je » pour qui l’écoute. Sa musique offre des espaces à soi, pour soi.
Elle dit « she » et, selon le lieu émotionnel ou personnel dans lequel on se trouve, le « she » devient « I » ou alors une « she » que l’on connait.
Tiki chante essentiellement en anglais sur cet album. Mais je ne doute pas que le duala et le français visiteront sa voix cet après-midi.
« Je pleure des chansons de ma lame d’encre et écoule le désespoir qui entier m’inonde » Yes mama !
Tiki Black c’est une sensibilité aux êtres et aux choses, c’est un respect quasi militant pour l’autre dans son entièreté, dans ce qu’il est. C’est un refus obsessionnel de définir l’autre par ce qu’il possède ou par les avantages positionnels que lui conférerait une naissance, mais d’aller à sa rencontre par-delà les prisons des définitions sociales, phénotypiques, génériques de l’être qui nous privent si aisément de belles rencontres. C’est une femme qui est convaincue que, sorti de la passivité du naître, l’humain se crée en étant, s’invente au fil des choix, au gré de ce qu’il accepte ou rejette.
Quand on est artiste, et pas uniquement une personne qui chante dans le but d’être une vedette, on porte en soi un vouloir dire fait de ce que l’on est avec ses fêlures, des forces, son regard sur le monde, sur la vie, ses intériorités, ses convictions, ses sourires, ses larmes. Quand on est artiste, on est au-delà de la tentation de la rime facile, on est dans l’essence même du penser et du ressentir.
Tiki Black est artiste. Elle cisèle les mots pour dire ce qui l’habite. Elle n’est pas dans la quête d’effets musicaux à seule fin d’éblouir. Pour cet album, elle a choisi la simplicité des accords, des mélodies, pour nous entraîner dans une promenade paisible dont sa voix et ses mots sont les guides.
Son album est un cri tout en douceur, mais plein de force. C’est un refus du silence qui étouffe et réifie les tabous.
Son album invite les chrysalides à accepter l’ère du papillon quitte à bousculer l’ordre établi par d’autres en soi et autour de soi.
C’est un appel à la sortie de l’ombre pour s’inventer enfin.
Cet album est un hommage à une femme magnifique qui a déjà fait la grande traversée, mais dont l’exemple, la noblesse d’âme et les mots sont des boussoles dans sa vie : sa grand-mère Njanjo Rhodes à qui l’album est dédié.
Quand on l’écoute promener sa belle voix aux accents graves d’une chanson à l’autre, on devine la femme derrière la chanteuse, derrière l’artiste.
C’est cette femme, cette artiste que je vous invite à rencontrer cette après-midi. Je vous convie à fermer les yeux, à ouvrir vos cœurs et à recevoir le bel univers de Tiki Black. Il devrait vous ravir.
Tu peux te réjouir parce que, au Coeur à Cœur Acoustique, nous avons un public magnifique, il est venu pour toi. Nous te le prêtons, ne doutant pas qu’il sera tien, conquis par ta voix et ta sensibilité.
Alors, de ton cœur aux nôtre, Tiki, public, voici votre Cœur à Cœur Acoustique.
© Chantal EPEE

Out of the black l'Album

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Jhoyce Oto : Vocaliste de Jazz et femme aux casquettes multiples

Jhoyce OtoBonjour à tous ! Au nom d’Afrodiapor’Arts et de Cœur à Cœur Acoustique, je vous souhaite la bienvenue. Merci de nous faire l’amitié de votre présence. Aujourd’hui, Afrodiaspor’Arts, notre association, dans le cadre de son Cœur à Cœur Acoustique, a le privilège de recevoir Jhoyce Oto chanteuse de jazz qui nous vient du lyrique.

Qu’est-ce donc que le Cœur à Cœur Acoustique ? C’est une rencontre entre un artiste et un public. C’est un moment qui se veut intime, sans artifice, simple. C’est l’ouverture d’une parenthèse pour qu’un un échange soit possible entre nous public et une personne dont le langage est musique. Une personne comme Jhoyce notre invitée. Vous découvrirez cependant que la musique n’est pas son seul langage. C’est une femme aux talents multiples. Mais chut… ne déflorons pas le sujet. Ceci dit, la musique est sa langue principale, son langage majeur. Il est en effet des personnes pour qui la musique dit mieux que les mots les états intérieurs, le regard sur le monde, et la captation qu’ils en font. Les artistes sont souvent des personnes sensibles, voire hypersensibles. Ils semblent dotés d’une capacité à percevoir du monde des choses qui nous échappent et, quand ils nous le restituent par une sculpture, un chant, une toile, ou une danse, éblouis nous découvrons ce que nous savions sans le réaliser. C’est ainsi que leur art nous parle, nous embarque, nous enlace l’âme, nous répond, nous étreint l’émotion. Avez-vous déjà entendu une chanson qui semble mettre enfin des mots sur une émotion, une expérience, un sentiment diffus qui vous habitait depuis un moment ? L’artiste en cela crée ce qui est déjà ou plutôt nous le révèle. Il le créée littéralement sous nos yeux. Dans de nombreux domaines, se sont levés des êtres, des artistes qui allaient se révéler quasiment visionnaires. L’artiste semble avoir une préscience de ce qui sera. Il donne le mouvement. Invente-il un monde nouveau parce qu’il le rêve autre ou bien alors l’anticipe-il ? Ce qui est certain c’est que, l’artiste est un être nécessaire et salutaire dans un monde tendu vers le consumérisme excessif et la déshumanisation du lien à l’autre. Les artistes au travers de leurs arts, frayent le chemin, embrassent des combats, accompagnent des mutations du monde. Ils peuvent y être une lueur d’espoir, une voix de révolte, voire un son révolutionnaire. Nous croyons à Afrodiapor’Arts que les arts et la culture sont des éléments fondamentaux de la construction du soi et du nous. Il n’est pas neutre que les autocrates essaient, de par le monde, de contrôler les expressions artistiques et culturelles, les instrumentalisant ou espérant bâillonner l’aspiration à la liberté qui quelque part intrinsèque à la création. Les arts et cultures issus des mondes afrodiasporiques sont souvent confinés dans des ghettos qui cloisonnent le vouloir dire d’artiste sublimes et qui privent le monde de voix et de regards et de visions qui ont pour vocation d’enrichir l’universel. C’est parce que nous avons voulu que ces voix soient entendues que nous existons. Nous nous sommes donné pour mission à Afrodiaspor’Arts de promouvoir les arts et les cultures d’Afrique et des diasporas noires, de participer à les sortir des lieux d’enclavements dans lesquels ils sont confinés, à les mettre en lumière et, à faire le lien entre les artistes par-delà les frontières et les mers. C’est ambitieux ? Oui ça l’est ! Soyons ambitieux, soyons audacieux. Tant de grandes choses ont débuté par un rêve n’est-ce pas ? « I have a dream … » Le Cœur à Coeur Acoustique est né de ce rêve, du désir de promouvoir les musiques des artistes subsahariens ou d’ascendance subsaharienne et de permettre au plus grand nombre d’y avoir accès sans être freiné par des questions financières. Le Cœur à Cœur Acoustique est né de l’envie d’offrir à nos artistes un écrin dans lequel ils puissent briller et laisser voir des facettes inconnues d’eux-mêmes au travers d’un échange à la fois musical et humain avec un public. Nous espérons que le public découvrira des diamants en des artistes qu’ils recevaient peut-être comme du zircon. Nous espérons vous offrir une rencontre humaine et artistique qui vous touchera, vous public et qui touchera les artistes autour desquels nous nous réunissons. Aujourd’hui, nous vous proposons de rencontrer une femme exceptionnelle et une artiste magnifique. C’est une femme de cœur et de talent. Une artiste exigeante, un être aux mille vies au point que l’on se demande quel est son secret pour faire tout ce qu’elle a à faire professionnellement dans une temporalité qui se décline par séquences de vingt-quatre heures. De formation classique, Jhoyce se dirigeait vers une carrière de chanteuse lyrique quand des aléas côté santé ont arrêté son vol de soliste, obligeant à repenser son futur, et à réorienter son chant vers d’autres espaces. Ce deuil de ses espoirs participera à façonner la femme qu’elle est, à apprendre un peu plus que derrière une défaite apparente s’ouvrent des possibilités de se réinventer. La porte du classique lui étant fermée par des problèmes de santé, Jhoyce s’est naturellement tournée vers le jazz. Pourquoi naturellement ? Parce que le jazz lui est atavique. Il fait partie de sa matrice vitale. Il est venu à elle par les passions musicales de ses parents, femme et homme de culture, humains engagés et investis pour améliorer l’ordinaire des hommes. Son père écrivain, écoutait beaucoup de jazz. L’artiste que nous recevons aujourd’hui est aussi Docteur en Architecture, plasticienne, productrice de festival de jazz ; coach. Elle a été directrice évènementielle, directrice des ressources humaines, commissaire d’expositions etc. Elle a par ailleurs fondé le Black Lobbying International et la France des Challengers. Elle a mille vies Jhoyce Oto. Jhoyce Oto a un sens aigu de l’esthétique, du beau, de l’harmonieux. Elle le matérialise dans le chant et dans tous les autres espaces de créativité qui sont siens. Les arts ont une place essentielle dans la vie de notre invitée et elle n’établit pas de frontières entre eux, chacun étant une facette d’un tout. Des arts plastiques au chant elle créée, dit le monde et le réécrit à l’encre de son ultra sensibilité et d’une volonté de changer le monde en donnant le meilleur d’elle-même et en invitant les autres à s’élever au plus haut de leur potentiel. Cet après-midi c’est sa voix qui sera notre guide pour nous élever vers les cimes du beau, au moyen de son répertoire entre jazz et gospel. Et nous aurons aussi l’occasion de la découvrir dans son parcours d’artiste et d’humain. Elle vient à nous, à vous pour un cœur à cœur. Nous vous souhaitons, à vous comme à Jhoyce un moment mémorable. L’art est un pont entre les humains. Quelquefois, dans la fureur du vivre au présent et face aux aspérités de l’existence, et les assauts des aléas, nous l’oublions.

S’il est une époque qui a besoin de voir des ponts se construire entre les humains, c’est bien la nôtre. Notre époque qui se saisit de chaque prétexte pour cliver, séparer, stigmatiser, rejeter. Quand nous communions autour de l’art en général, et de la musique en particulier, nous sommes « comme un ». Nous nous dépouillons l’espace d’un instant, de ces hardes qui masquent l’humanité et étouffent aisément l’être ensemble : la primauté donnée au phénotype, au religieux, au genre, à l’orientation sexuelle, sur le fait que l’autre est d’abord nous en miroir, notre frère en humanité. Livrés à la musique, nous sommes juste un battement de cœur commun, somme de nos pulsations cardiaques et de nos émois mêlés. Et c’est ce battement de cœur qui fusionne avec l’art, avec l’artiste, transformant un concert, un récital en un moment unique, voire inoubliable. Le Cœur à Cœur acoustique, c’est le cœur d’un artiste qui vient à la rencontre des nôtres, des vôtres. C’est le partage d’une note, d’une vibration, d’un silence, d’un éblouissement. C’est la possibilité d’être « comme un », liés par une même émotion. C’est la possibilité de faire de nos larmes d’émotions une rosée rafraîchissante de notre relation à l’autre. Ce soir, unissons nos cœur à celui de Jhoyce. Chère Jhoyce à toi, à eux, à nous, à nos cœurs en harmonie autour de ta musique et de tes mots. Tu es chez toi. Merci d’être des nôtres. C.E.