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PORTRAIT DE COCO MBASSI

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Nous avons aujourd’hui l’immense plaisir et le colossal privilège de recevoir Coco Mbassi, pour notre rendez-vous musical et humain.

Coco Mbassi est de ces artistes, de ces instrumentistes de la voix, qui offrent au public, des moments de partage qui ouvrent à un auditoire, des espaces privilégiés pour que humanités puissent se rencontrer, voire se fondre. En effet, au contact de sa musique, de sa voix, de sa sensibilité, ceux qui l’écoutent se dépouillent, grâce à l’émotion partagée ensemble, de ces oripeaux qui aisément, dressent les humains les uns contre les autres. Les apparences, le faire, le croire ne sont plus prioritaires. Ce qui compte, c’est ce qui unit les hommes : une communauté d’humanité.

La voix et l’âme de  la chanteuse sont sœurs jumelles, voire siamoises. L’âme de Coco Mbassi emprunte le corridor du chant, pour proposer aux nôtres, un baume qui guérit, au travers de l’espérance.

C’est cette espérance qu’elle appelle pour l’enfance abandonnée qu’elle chante dans Madoï, alors qu’elle raconte une existence dont l’aube est fracassée, un âge tendre sur lequel l’on ne parierait pas, mais qui pourtant, rencontre une main tendue et qui peut lever les yeux et envisager l’avenir avec espoir. L’espérance, un besoin viscéral dans un monde dans lequel, solitude, violence et douleurs gangrènent l’humain.

A Afrodiaspor’Arts nous apprécions, nous admirons, et en plus, nous aimons Coco Mbassi. Pourquoi ? Me direz-vous. Parce qu’en plus d’être une merveilleuse artiste elle est l’une des marraines de notre Association. Elle n’est pas une marraine de surface, elle porte en elle le feu qui nous anime en tant qu’association pour faire connaître et participer à faire briller les expressions artistiques et culturelles qui nous arrivent des espaces afro diasporiques.

Nous sommes heureux de lui offrir cet espace pour vous rencontrer d’abord par son langage initial, le chant, (Oui Coco Mbassi, dit la légende interne à sa famille, aurait chanté avant de parler.)

 

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Qui est Coco Mbassi ?

C’est une voix, une émotion, une authenticité, une vérité qui nous enchantent depuis plus de vingt ans, depuis le temps où, âgée de 18 ans, elle a téléphoné à Toto Guillaume qui ne la connaissait pas, pour lui dire, « Je m’appelle Coco Mbassi, et je voudrais chanter ». Toto Guillaume, après avoir ri sous l’effet de la surprise peut-être, l’invite en studio pour faire des chœurs sur une chanson d’un l’album d’Ali Baba. Lors de cette séance elle rencontrera Justin Bowen, Marilou et George Seba. Ces deux derniers s’avèreront pour elle, des rencontres essentielles.

Mais ne nous précipitons pas vers les dix-huit ans de la chanteuse, revenons aux sources de son existence.

Coco Mbassi est née dans une famille dans laquelle, la musique est centrale. Son père, féru de musique classique et de jazz, joue de la guitare et chante. Mélomane, issu d’une lignée dans laquelle la musique est atavique depuis au moins cinq générations, l’auteur des jours de Coco, tous les dimanches, fait résonner, dans l’habitation familiale, le Messie de Haendel, exerçant ainsi l’oreille de ses enfants, et façonnant leur écoute intérieure et extérieure de la musique.

La mère quant à elle, lit la musique, aime le rythm & blues, ainsi que la musique pop. Ses grand-mères maternelle et paternelle chantent et lui enseignent des cantiques. Coco les chante avec elles, et, à leur école, apprend à harmoniser.

Coco Mbassi a 7 ans quand elle connaît véritable choc musical. Il s’agit d’un séisme par identification. Elle découvre le Michael Jackson des années 1970 et est émerveillée par sa voix et par son talent. Mais il y a un plus, quelque chose qui fait qu’elle s’identifie à lui : il est tout petit, comme elle, et il chante.

Elle est comme lui, puisqu’elle chante comme elle respire. Elle a chanté avant de parler et, enfant, elle fredonne tout le temps. La musique l’a sauvée enfant d’une difficulté de parler. Le chant lui est tellement intrinsèque qu’à partir de six ans, elle fait des concours de chant qu’elle remporte d’une année sur l’autre.

A 9 ans, elle a le privilège de voir en concert la grande Miriam Makeba, qui la bouleverse musicalement et humainement, et qui lui donne l’occasion de découvrir la douloureuse histoire d’une Afrique du Sud otage d’un Apartheid qui dévore ses enfants.

Un jour de 1979, elle tombe amoureuse d’une voix, d’une sensibilité, d’une subtilité, d’une ligne de basse, Dina Bell vient d’entrer dans la vie musicale de Coco Mbassi par la porte de «  Yoma Yoma. ».

Son père qui discerne très tôt sa passion pour la musique, ne veut pas envisage d’en faire un métier, il ne connaît que trop les incertitudes liées à cette profession.

Mais Coco a toujours chanté. Elle n’a pas pensé faire carrière, mais plutôt faire ce pour quoi elle est. Chanter lui est viscéral, intrinsèque, structurel. Pour elle chanter ce n’est pas faire quelque chose, c’est simplement être qui elle est.

A dix-huit ans, elle veut aller à la rencontre de l’appel du chant en elle, mais elle ne connaît personne dans le milieu. Elle trouve le numéro de téléphone de Toto Guillaume et l’appelle. L’aventure professionnelle commence. Satisfait de la qualité de son travail, Toto Guillaume l’appellera pendant dix ans pour faire les chœurs sur tous albums qu’il produit, réalise et ou arrange. Le bouche à oreille  faisant son œuvre, elle travaillera avec des musiciens camerounais, ivoiriens, africains du Nord et du Sud du Sahara. Grâce à George Seba et Marilou elle intègrera une chorale et, élargira ses compétences dans le chant.

En 1993, elle avait fait une autre rencontre déterminante, celle avec Serge Ngando, extraordinaire musicien : guitariste, bassiste, contrebassiste, arrangeur, producteur, et compositeur, dans un studio de répétition. Ils commencent à travailler ensemble en 1996. C’est l’année au cours de laquelle elle est lauréate du prix des découvertes RFI avec Mwenge mwa ndolo, une chanson écrite par le regretté Noel Ekwabi. Grace à cette station radio elle fait une tournée importante.

 

Très jeune, Coco se procure un magnétophone 4 pistes, ce qui lui permet de travailler l’harmonisation de la musique. Tribalism qui se trouve sur son dernier album a été composé ainsi, il y a 20 ans. L’air de rien elle se prépare déjà à la carrière solo qui débutera brillamment, avec le prix des découvertes RFI en 1996.

En 2001, paraît son premier album, SEPIA qu’elle produit avec Serge Ngando. C’est un disque  par lequel, elle va à la rencontre de tout ce qui la constitue, comme on regarde de vieilles photos et que l’on récupère par la mémoire un morceau de soi oublié dans le passé. L’accueil critique et public de SEPIA est excellent, quelquefois dithyrambique. Le succès est immense, notamment en Allemagne. Elle fera 500 concerts en 2 ans, dont 90% en Allemagne. Elle remporte de nombreux prix

En 2003, paraît l’album SISEA produit avec Serge Ngando. La chanteuse a davantage en tête un plan, sinon de carrière, mais de trajectoire musicale.

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Et onze ans plus tard, elle nous revient avec JÒA. Mais Coco n’a jamais quitté la musique, en dépit des difficultés rencontrées au fil des ans. Nul n’a pu ravir à l’artiste son chant et sa musique.

Le timbre singulier de notre Coco Mbassi, ce léger voile déposé sur sa voix, dégage une vérité qui vous touche, voire vous bouleverse quand vous vous ouvrez à lui.

Elle chante le monde qui l’entoure, ses émotions et son regard de femme, de mère, d’Africaine, de Panafricaine, de chrétienne, de citoyenne du monde.

Elle chante depuis l’entre deux dans lequel elle réside l’adolescence.

Coco a en effet quatorze ans lorsque sa famille s’installe en France. La chanteuse est une somme complexe d’entre deux : L’entre deux langues, l’entre deux, voire trois pays, l’entre plusieurs langues, le Duala, le Pongo, le Français, l’Anglais, et les langues qu’elle glanera çà et là au gré de ses migrations intérieures au Cameroun et de ses voyages de par le monde.

Elle chante depuis les univers qui l’habitent depuis une enfance presque mutique, qui fredonnait davantage qu’elle ne parlait, et qui se passionnait pour les langues quelle apprenait aisément.

Elle chante depuis la langue anglaise qui lui est naturelle depuis l’aube de son existence.

Son regard sur le monde, est médiatisé par les valeurs cardinales qui la structurent et, elle vous emmène en chanson de l’intime à l’universel.

Elle explore les rythmes traditionnels du Cameroun, du Mali, de la Caraïbe et d’ailleurs. Son appréhension du Duala et du Pongo, sa connaissance du Cameroun et de ses multiples expressions culturelles alors qu’elle a quitté le Cameroun comme elle entrait dans l’adolescente sont impressionnantes. Coco est la preuve que l’on peut vivre hors de sa terre d’origine et découvrir ses racines, ses assises culturelles.

Rien n’est contrefait dans son propos, elle livre ce qu’elle croit, ce qu’elle voit et vous invite au plus près de sa vérité. C’est probablement pour cela, que sa voix semble vous rencontrer au plus profond, même si vous ne comprenez pas la langue dans laquelle elle s’exprime.

Coco a fait le choix de servir es autres par le don qu’elle dit avoir reçu de Dieu. C’est ainsi qu’elle offre son talent, sa voix et sa passion pour cet autre centre d’intérêt : l’Afrique et ses descendants, quels que soient les espaces dans lesquels ils se trouvent.

Elle n’a de cesse de s’opposer à la vassalisation organisée de l’Afrique et veut, par son travail, participer au relèvement de cette terre, des Africains et des Afro-descendants.

C’est ainsi que dans chanson Mangamba, de son nouvel album elle nous invite à réfléchir sur et à explorer l’histoire de nos ancêtres, pour comprendre comment le peuple de fondation, le peuple premier, est devenu le dernier.

Coco chante le monde, depuis les espaces intimes d’une vie d’homme, jusqu’ au vaste monde dans lequel, nous devons, les uns et les autres, nous inventer nos existences.

Alors, nous entendons le cœur d’une mère qui dit, dans Dibongo, combien l’éducation d’un enfant est un défi et, que les fondations que nous posons dans la vie de nos filles et fils détermineront leur avenir. « Instruis l’enfant selon la voix qu’il doit suivre et, devenu grand il ne s’en détournera pas »

Elle dénonce un fléau qui corrode l’Afrique de l’intérieur, et le plonge dans des guerres absurdes qui prennent racine dans la xénophobie, le tribalisme, l’exclusion de l’autre, et qui font couler sur cette magnifique terre des rivières ensanglantées. Dans Tribalism la chanteuse nous dit « STOP ! ». Plutôt que de nous entretuer, œuvrons à l’essentiel, nourrir tous nos enfants, les éduquer, les bâtir. Apprenons, dit-elle à nous supporter les uns les autres et, comme le font les autres peuples, construisons notre Afrique.

« Que de cris, et de sang versé, que de haine et de guerres parmi les fils d’Afrique. De grâce arrêtez ! ».

Coco est panafricaine et exècre la xénophobie, les assignations à résidence dans des identités en cage.  La chanteuse aime explorer les autres territoires, entre autre, au moyen de la musique. C’est ainsi qu’elle nous offre Mande, musique mandingue de toute beauté, faisant exploser ces frontières qui compriment le « je ». Elle est Coco Keita, Coco Mousso, tandis que Serge Ngando, le fabuleux musicien qui l’accompagne magnifiquement depuis vingt dans le voyage musical auquel elle nous invite, devient Ngando Kouyate. Dans la voix et dans l’intention de Coco, les épousailles des noms issus de la région littorale du Cameroun et de ceux qui viennent du Mali sont justes évidentes. Les noms sont beaux et, ils nous rappellent que les murs entre les peuples d’Afrique sont construits dans nos têtes. Coco, par cette chanson, nous invite à accueillir la musique africaine dans sa diversité, sans discrimination et, d’applaudir la belle musique d’où qu’elle vienne.

En filigrane et dans les fondations de sa musique la foi de Coco est présente. On l’entend dans le regard qu’elle pose sur le monde, sur la vie. On la discerne clairement dans des chansons telles que Diwuta, dans laquelle elle parle de Celui qui est son Refuge, on l’entend dans Dibongo, dans Makaki ses quêtes de lui et la foi en sa fidélité. Sur Jóa, elle rend un superbe hommage à Dina Bell en reprenant sa musique, en se l’appropriant sans trahir l’original. Coco est tombée amoureuse de la musique de Dina Bell en 1979, elle demeure fidèle à ce grand, ce très grand chanteur qui nous vient du Cameroun.

Il y aurait tant à dire sur l’album fabuleux que nous présente notre invitée aujourd’hui. Je pourrais en parler pendant des heures mais, je vais laisser là me subjectives exégèse de Jóa, juste le temps de vous dire que ce disque est une merveille acoustique, artistique, émotionnelle, humaine.

C’est un album qui ne s’embarrasse pas d’effets superflus, il tend vers l’épure tout en offrant une variété musicale d’une grande richesse. Vous l’écoutez et vous vous le repassez en boucle. Etrangement il vous fait du bien sans effort, il vous apaise. C’est aussi l’une des signatures de Coco Mbassi, celle de poser un baume sur les contusions de l’âme humaine.

L’attente pour nous, aura été longue entre Sisea et Jóa mais, elle aura valu la peine. L’album dont le titre Jóa, signifie cheminer vers la maturité est une bonne nouvelle, Coco Mbassi mûrit avec grâce et profondeur.

©Chantal EPEE

Auteur, Directrice du Cœur à Cœur Acoustique

Présidente Afrodiaspor’Arts-Expressions of Black Cultures.

 

PORTRAIT DE WEYAH

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Nous avons aujourd’hui le plaisir de recevoir Weyah, instrumentiste de la voix, artiste plasticienne, photographe, auteur et compositrice. Elle vient à nous avec sa voix, son âme généreuse, et un album paru ce mois, et que nous sommes, de fait, parmi les premiers à découvrir.

Weyah est née dans une famille dans laquelle, la musique et le chant, étaient des habitations naturelles pour sa fratrie et elle, même si leurs parents ne les ont jamais encouragés à embrasser une carrière musicale.

Son père, Michel Kingue, était musicien, auteur, compositeur, clarinettiste, saxophoniste et chanteur, qui a participé à écrire les belles lettres de la musique camerounaises des années 50 à 70, en y composant quelques joyaux mélodiques qu’il serait souhaitable de revisiter. A bien des égards, Michel Kingue était en avance sur son époque.

AGGIE, la mère de notre invitée, chanteuse dans une chorale, emplissait la maison familiale de ses chants, éduquant, comme la musique du père, l’oreille de leurs enfants. Il n’est pas étonnant que plus tard, deux d’entre eux se soient retrouvés plus tard à faire de la scène.

Weyah dit ceci de son rapport à la musique et, de l’atavisme qu’elle est dans sa famille, « Plus qu’un virus, la musique est la sève qui parcourt nos nervures sanguines. » Voilà qui est notre invitée.

 

Weyah, dont les parents sont originaires du Cameroun, est née au Gabon. Elle a un an quand elle se retrouve en France, lieu dans lequel les auteurs de ses jours choisissent de s’installer et de bâtir leur vie. Le Cameroun lui demeurera longtemps, une terre lointaine, mystérieuse, et une quête d’autant plus inassouvie que, ses parents ne sont pas diserts sur cette terre.

Mais il est avec le pays natal de ses parents ; un cordon ombilical qu’Aggie sa mère veille à établir : c’est la langue Duala.

Le lien, sera affermi par ces petits riens qui ramènent l’ailleurs vers l’ici, comme les paquets qui arrivaient du Cameroun, et qui permettaient de manger des plats de là-bas, de s’imprégner de leurs senteurs, d’en découvrir les ingrédients, en attendant le jour de poser enfin, son pied sur cette terre source, ce lieu inconnu qui lui était  pourtant un pays intérieur, un point d’interrogation et un long silence. C’est à trente ans qu’elle foulera pour la première fois, la terre natale de ses parents.

Enfant issue de l’immigration en France, à ses amis qui lui posent des questions sur son pays le Cameroun, elle laisse visiter sa terre intérieure et inconnue, en la réinventant. Elle en fait un pays dans lequel, les pluies ne sont pas comme celles de France. Celles qui descendent du ciel de là-bas, sont uniques. Elles le sont grâce à Weï, le soleil, elles sont Wea, c’est-à-dire sont chaudes. Par leur température, elles font donc du bien à ceux qui les reçoivent, préfigurant, des décennies avant aujourd’hui, le bien que feront les cascades chantées par notre invitée, Weyah qui, devenue chanteuse se donne pour but est, par sa voix et son chant, de « proposer du bonheur au public et en recevoir en retour » 

La musique est une source de chaleur mutuelle, de réchauffement du lien à l’autre et la scène une école de la générosité et d’humilité dans laquelle l’admiration et les ovations reçues d’un auditoire sont reçus comme un cadeau et non un vecteur de surinflation égotique.

En plus de sa matrice familiale propice au développement de sa musicalité, Weyah a, quand elle entre en CP, le privilège d’avoir une enseignante qui l’initie au solfège. Parce qu’elle garde la même maîtresse d’école plusieurs années, elle reçoit de précieuses fondations pour la suite de sa formation en musicale que plus tard, elle peaufinera au conservatoire, puis avec Catherine Medioni, spécialiste de la voix et du chant.

L’univers musical de Weyah est, si on devait tenter de le définir, Afro-pop, Afro-lyrique avec des incursions dans le jazz. Bref il est suffisamment ample et ouvert, pour être à la confluence de plusieurs courants. Weyah refuse, de toutes les façons, de se laisser enfermer car, elle sait combien les carcans et les cases sont de dangereux freins pour la créativité d’un artiste et des baillons de son inspiration.

Celle qui a fait sa première scène musicale dans un lycée, et qui a continué à chanter le répertoire des autres, parmi lesquels Miche Kingue son père, a pris peu à peu, suffisamment confiance en elle pour oser créer et proposer à un auditoire sa voix intérieure.

Son inspiration, elle la puise dans la vie, la foi, dans les douleurs, dans l’enfance, et dans la richesse  qu’offrent les rencontres humaines. Elle écrit et compose des chansons en français, en anglais, et en duala. Cette dernière langue lui est une évidence matricielle depuis l’enfance, et, alors qu’elle était adolescente, elle s’en est autoproclamée ambassadrice après un déclic. En effet, un jour, alors qu’avec une copine, elle écoutait une chanson de Dina Bell, cette dernière a déclaré que la chanson aurait été plus belle, si elle avait été chantée en anglais.

Bien qu’en ce temps-là, elle ait été plutôt fascinée par les chants en langue anglaise, à l’assertion de son amie, un cri silencieux s’était élevé en elle : « non ! »

Non ! Comme un refus de laisser l’anglais devenir la seule langue de la belle musique. La jeune fille qu’elle était alors a résolu en ce temps-là, de proposer de beaux voyages émotionnels et esthétiques en langue Duala.

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Aujourd’hui, la chanteuse vient à nous avec NA MONGELE, son premier Album, dans lequel elle pose son beau timbre et nous invite au voyage.

La voix de Weyah caresse l’âme. Elle semble faire le tour de votre cœur quand vous l’écoutez, pour vous inviter à la recevoir depuis votre intérieur, depuis ce lieu dans lequel elle vous propose un rendez-vous intime. Il y a en effet dans la voix de Weyah un baume, une proposition d’espérance qui transcende le verbe pour atteindre l’émotion. Elle vient avec douceur, pour effleurer l’intime de votre être.

A l’écoute du CD NA MONGELE de Weyah, il est manifeste que les chansons ont été ciselées avec le cœur, avec son âme, parce qu’il est dans son timbre, une vérité émotionnelle qui ne peut être contrefaite par le métier ou par la technique.

Dans une de ses chansons, elle dit : « Bele mba Weyah », appelle-moi Weyah.

Pourquoi ce pseudonyme ?  « Weyah », dit-elle, « est un pseudonyme qui reflète et incarne ma vision de la musique : universelle, atemporelle, comme le soleil »

Au cours d’une interview, notre invitée a un jour déclaré ceci :

« Ma seule prétention, est de rester authentique et fidèle à moi-même artistiquement, attitude que m’a léguée mon père en héritage. »

En écoutant son disque, en discernant son âme qui passe par sa voix, majoritairement dans cette langue qui la fonde par-delà la distance avec la terre de ses pères, on se dit que Weyah aura été fidèle à l’essentiel de l’héritage du grand homme.

©Chantal EPEE

Auteur, Directrice du Cœur à Cœur Acoustique

Présidente Afrodiaspor’Arts-Expressions of Black Cultures.

Novembre 2014

 

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Gino Sitson : à la rencontre d’un funambule vocal

Gino Sitson
Bonjour à tous ! Merci de nous faire l’amitié de nous rejoindre pour un moment à part, un temps suspendu au cours duquel la musique et les mots se mêleront pour écrire une partition qui ne se jouera pas ailleurs. Pourquoi ? Parce que chacune des individualités que nous représentons est unique, et la synergie de nos talents d’auditeurs actifs, rencontrant l’univers artistique de notre invité ne se fera qu’ici, de son cœur aux nôtres, de nos cœurs au sien. Il est en ce lieu, d’une rencontre à l’autre, une énergie, un courant de vie qui n’a de cesse de nous toucher, de me toucher. J’ai envie de me poser un instant pour vous remercier, vous qui, d’une rencontre à l’autre êtes fidèles, faites confiance à nos choix artistiques, vous qui vous laissez embarquer par les artistes qui nous font l’offrande de leur talent le temps d’une après-midi. Vous êtes les meilleurs ! Sans vous, le cœur à cœur acoustique ne serait qu’un triste soliloque. Votre fidélité nous honore et nous encourage à œuvrer pour vous servir toujours mieux. Nous allons si vous le voulez bien prendre un instant pour vous acclamer. Quant à vous qui venez à notre rencontre pour la première fois, nous espérons que vous vous sentirez comme à la maison, comme lors d’un soir au village, ou dans une réunion de famille apaisée, et que vous passerez un joli moment qui vous donnera envie de revenir nous voir. Vous avez la possibilité de nous laisser vos coordonnées pour être tenus informés de nos rencontres et des activités de notre association, ainsi que de celles de notre invité. Merci aussi à tous les artistes qui nous ont fait confiance et qui sont venus à votre rencontre en ce lieu. Aujourd’hui, nous avons l’immense plaisir de recevoir Gino SITSON, vocaliste, auteur, compositeur, enseignant et chercheur en musicologie. Pourquoi sommes-nous ravis de le recevoir ? Parce qu’il est infiniment talentueux et parce qu’il a une musicalité exceptionnelle. Il devrait vous éblouir par sa capacité à faire de la voix un instrument de haute voltige sans pour autant la déconnecter du sens et de la sensibilité artistique qu’il a dévoilée au fil des cinq albums qu’il a déjà mis à la disposition du public. Au Cœur à Cœur Acoustique, nous apprécions le beau et, aimons mettre en lumière, et inviter à découvrir les différentes facettes d’un diamant par trop caché : celui des talents immenses et du vouloir dire des fils d’Afrique Sub-Saharienne et de ses diasporas afro-descendantes. Il est tant de richesses qui ont une source proche ou lointaine au sud du Sahara que nous ne connaissons pas, faute d’une visibilité suffisante. Pourtant, l’absence de lumière n’est pas défaut d’éclat, loin s’en faut. Oh rassurez-vous ! Nous ne sommes pas victimes d’une excroissance de l’ego ou d’une inflation de l’orgueil. Nous n’avons absolument pas l’impression que les artistes nous ont attendus pour se frayer un chemin vers la lumière. Nous n’avons pas davantage la prétention de nous prendre pour LA réponse à une quelconque attente, mais, nous nous proposons plutôt d’être l’une des réponses, l’un des espaces, l’une des possibilités pour servir une cause que nous croyons noble : celle de la promotion des arts et cultures d’Afrique et des diasporas, et tant qu’à faire dans le respect des artistes et de leur travail. Nous avons pour ambition de participer à faire résonner par-delà les frontière un vouloir dire si souvent ghettoïsé ou bâillonné. Nous avons aussi pour ambition d’œuvrer à rendre les expressions artistico-culturelles afrodiasporiques accessibles au public sans que ce dernier soit freiné par des questions pécuniaires Le Cœur à Cœur Acoustique est l’un des espaces engendré dans ce but par Afrodiaspor’Arts, notre association dont Gino Sitson est d’ailleurs l’un des parrains. Pour revenir à notre invité, Gino Sitson est sans aucun doute l’une des facettes du beau qu’offre l’Afrique au monde. Il est l’un des magnifiques talents qui tire sa sève du Cameroun et qui a su accueillir les ruisseaux rencontrés au gré de ses voyages et de ses explorations musicales pour élargir le lit de son fleuve intérieur et écrire une partition singulière dans laquelle les valeurs humanistes ne sont pas les moindres. Au fait, aussi surprenant que cela puisse paraître, le Cameroun n’a pas qu’un son de basse à offrir pour mettre le monde à ses pieds. Est-il besoin de rappeler le saxophone de Manu Dibango, la guitare et le verbe de Francis Bebey qui ont traversé les frontières et conquis le monde. L’Afrique est infiniment créative, le Cameroun aussi. Ne soyons pas les geôliers des prisons dans lesquelles nous enfermerions notre capacité de découvrir de nouveaux artistes. Gino Sitson élève une voix capable de mettre à genou l’émotion de qui l’écoute, de laisser interdit une oreille attentive. Par l’univers qu’il propose, on découvre que la voix n’est pas uniquement un timbre, mais un instrument à part entière. Notre invité s’en sert avec une aisance déconcertante, se baladant des graves aux aigus comme si ces sons étaient des voisins immédiats. Gino Sitson donne l’impression de ne pas faire d’efforts quand il chante. Derrière cette facilité apparente, il y a certes du talent, probablement un don, mais aussi des décennies de travail qui ont commencé à l’ombre d’artistes tels que Manu Dibango, Ron Carter, Papa Wemba, John Scofield, Wally Badarou, Bobby McFerrin, Ray Lema, Mario Canonge, et bien d’autres. Il a fait ses armes en tant que choriste. Ecole d’humilité et de professionnalisme, mais il portait une voix, des silences, des soupirs, un regard et des délires vocaux qu’il ne pouvait prêter à personne parce qu’ils étaient liés à l’homme et à l’artiste qu’il était. C’est ainsi qu’en 1996 il sort son premier album « Vocal Deliria ». Un Ovni musical qu’il faut juste l’entendre. C’est en soi une expérience. De sa voix unique, il restitue le son de nombreux instruments. Vocal Deliria marque le début d’une carrière de soliste de celui que se nomme lui-même Objet Vocal Non Identifié. L’année dernière, est paru « Listen –Vocal Deliria II » son cinquième album que vous pourrez vous procurer à ici. Pour ma part, j’ai découvert la musique de Gino Sitson en l’écoutant de l’intérieur. L’un des défis que m’a lancé cet instrumentiste de la voix a été celui de déposer une forme de rapport à la musique médiatisé par le sens des mots pour en entendre la musique intrinsèque, pour en découvrir les vêtements acoustiques. J’ai dû l’écouter faire dépouillée des béquilles auditives usuelles, et pour cause, je ne parle pas le medumba, la langue principale qu’il utilise dans son chant. On peut en effet écouter une voix et entendre voire comprendre ce qu’elle dit parce sans les prothèses usuelles. On va ainsi à l’essentiel du message. On entend la tristesse, la joie, l’amour, émotions universelles sans les distinguer clairement. On les discerne de l’intérieur. C’est étrange et saisissant. Gino Sitson a l’onomatopée qui rappelle que les mots ne sont au fond qu’une agrégation de syllabes construisant un univers acoustique et sémantique. Il utilise abondamment l’onomatopée dans sa musique. Même ceux qui comprendraient le Medumba, s’ils se laissaient emprisonner par le sens des mots, sortis du titre d’une chanson seraient aisément désarmés par son univers. Sa musique est un défi lancé aux auditeurs et un superbe voyage en perspective. Oui nous sommes ravis de recevoir Gino Sitson parce qu’il a une voix exceptionnelle, un talent indéniable, et une sensibilité artistique qui valent la rencontre. Selon Manu Dibango, «il a une voix instrumentale ». L’occasion nous est donnée cette après-midi de découvrir ce que cela veut dire n’est-ce pas ? L’occasion nous est par ailleurs offerte d’échanger avec lui et de découvrir son parcours artiste.
A toi Gino, à vous, à nous pour un Cœur à Cœur.
© Chantal EPEE

Un coup de foudre lexical: Ceptik

CeptikC’était un soir dans Paris, une nuit presque. L’hiver se disait encore, même si sa force paraissait déjà faiblesse face aux douceurs d’un printemps pressé de réchauffer les hommes. La nuit était belle au-dessus d’un pont éclairé et des bâtisses autour qui participent de la beauté la ville lumière. Le tableau était propice aux coups de foudres. Je n’allais pas être déçue.
A quelques mètres du pont lumineux j’ai entendu chanter les possibles sous la férule du Capitaine Alexandre, les yeux posés sur des œuvres de Fred Ebami tout autour de nous, tandis que se glissaient des notes de musique. Et c’est au cours de ce joli moment de poésie, de fraternité, c’est au cours de ce voyage visuel que j’ai entendu couler mots :

« J’aurais aimé être de ces poètes
Qui ont du swing dans chaque vers,
Qui sont si forts à dire aux rimes
Qu’elles sont si belles sans chanter faux.
J’aurais aimé rendre plus beau
Chacun des mots que je vous sers
Ne jamais être à court d’émoi,
Ne jamais être pris à défaut.
J’aurais aimé dire à ma mère
Combien je l’aime pour chaque vœu
Qu’elle a su faire à mon égard,
Priant pour mon retour en un morceau.
J’aurais aimé dire à cette reine
Qu’elle a bien fait de croire en moi
Elle qui pour moi a tant souffert
Que j’arrive sur terre un peu plus tôt.
J’aurais aimé dire à mon père
Que ses efforts sont justifiés,
Non lui faire face à chaque fois
Qu’il fit le coq dans sa basse-cour
Car aucune de mes répliques
Ne me priva d’être pris à court.
J’aurais aimé être celui
Dont il pourrait juste être fier.
J’aurais aimé dire à mes frères
D’être prudents à l’avenir
Dans tous leurs choix de futures femmes
Mais je ne suis guère le bon exemple.
J’aurais aimé dire à ma sœur
Que mon épaule lui est acquise
Mais j’ai bien peur au bout du compte
D’être distant quand elle se perd.
J’aurais aimé dire à ma fille
Combien elle comble de joie son père
Sans que mon fils n’ait l’impression
Qu’un choix s’est fait entre elle et lui
Car ce que j’aime par-dessus tout,
C’est qu’ils m’embrassent et réalisent
Qu’il est mon jour et elle ma nuit
Et que les deux sont toute ma vie.
J’aurais aimé être l’ami,
Le confident par excellence
Qui garde pour lui secrets et joies,
Colères et viles connivences.
J’aurais aimé rester celui
Qui sait calmer les âmes meurtries
Et faire en sorte que chaque mot dit
Ne soit suivi d’aucun silence.
J’aurais aimé dire à ces femmes
Que j’ai blessées sans crier gare
Que mes excuses sont sincères
Et que je souhaite qu’elles trouvent l’âme sœur
Qui saura dire les mots qu’il faut,
Ayant enfin en elle ce charme
Que je n’ai guère su conserver
Et qui explique tant de rancœur.

Et plus loin, j’ai entendu quelque chose qui m’a fait, comme on dit par chez moi dans le plus beau pays du monde, tout au moins selon la géographie de ma mémoire émotionnelle, « je suis tombée sans glisser » :

« J’aurais aimé lui dire je t’aime,
La rendre belle pour toujours
Savoir la peindre à main levée,
Les yeux bandés, à contre-jour. »

Aouch ! La flèche avait atteint sa cible. Les dimensions et les visages de l’humanité qui à chaque strophe se dessinaient me rencontraient.
J’étais sous le charme des mots que j’entendais, de l’humanité qui coulait du verbe exquis, dit en toute simplicité. Le texte disait une mosaïque humaine touchante. Déclamés sous la forme d’un rêve à mi-chemin entre regrets et espérance, « J’aurais voulu » disait quelque chose des valeurs de l’homme. Et ces valeurs me touchaient. On voyait passer le fils, l’adolescent, le père, l’homme et ses amours, l’ami, le citoyen, l’homme public et l’actualisation de ces rôles privés et sociaux se disait avec une pudeur dénudée. Apparente contradiction et vérité poétique offerte dans un texte tout en finesse et en tendresse.
Le pont éclairé de Paris avait raison, la nuit était propices aux belles rencontres. Le printemps avait eu raison de terroriser l’hiver pour le bouter hors de Paris pour laisser la place aux frissons exquis, à la chaleur dispensée par des mots exquis.
J’étais la victime consentante d’un coup de foudre lexical, mémoire d’un autre coup de foudre parisien il y a quelques années dans un café nommé couleur Rubis sous les mots cette fois-là du Capitaine Alexandre qui depuis est simplement devenu Ndom’am nusadi, mon petit frère.
Coup de foudre lexical, disais-je donc pour un verbe enraciné dans une humanité qui semblait faire résonance avec la mienne.

« J’aurais aimé
Rester moi moi-même
Et demeurer auprès des miens
Celui qui sait à demi-mots,
Qu’à demi nu,
Il n’est plus rien »

Depuis, j’ai parcouru son verbe, ai été touchée par sa plume, ai vibré à sa sincérité, entendu chanter les mots de sa fière africanité, et ai été rencontrée par ses convictions panafricaines, sœurs des miennes :

« Fini le temps des colonies et des mises à l’essai »
Je bois du petit lait.

Son regard sur le monde se déclame et touche les cibles de nos consciences. L’avez-vous entendu dire Adam et Adama, fils d’Eve et d’Awa, construits par des environnements différents, l’un nostalgique de ce que l’autre fuirait sans hésiter. Adam et Adama, humains et frères qui ne le découvrent que lors d’une confrontation tragique, comme bien des humains en ce siècle qui ne savent pas discerner le frère dans l’autre et ne le lisent qu’au travers de ce qui devrait n’être que périphérique, le paraître, le croire, le posséder.
Son verbe n’est pas que doux, il peut se faire acerbe pour répondre à ces détracteurs qui feraient aisément du dos des autres un sol à fouler. Sa plume comme souvent chez les êtres écrivant et les artistes poétiques est son salut, sa force, sa résistance, sa résilience, sa réinvention de soi après les flammes par lesquelles quelquefois la vie nous consume.

« Naître au mois d’août a fait de moi un lion.
Vos chatouilles ne me gênent pas / ne me vexent pas / ne me brisent pas!
Pourquoi perdre mon temps à justifier mes actes?
Ce one love, je l’dédie à ces aigris qui jactent.
Ce vice qu’est ma plume / soldat pour la Zik
Solide tel un roc / revoilà l’as de pique.
De retour de l’exil, j’ai retrouvé l’équipe
En attendant la suite, en silence, visez l’exit.
Refrain x 2
Où sont passés mes rimes, où sont cachés mes écrits?
Fallait bien que j’m’écrase, fallait bien que je me vide de mes tripes !
Traverser ce désert a fait cramer mes ailes,
Mais ce vice qu’est ma plume s’rebelle et m’fait planer sans elles. »
Pour Ceptik, les mots sont sens, son, musique, lien, échange, force, tendresse, ironie, conviction, sourire. Il est Ceptik et pose sur le monde un regard qui se construit et s’affine au regard de ses voyages intérieurs, de ses expériences, de ses accidents et de ses triomphes, de ses territoires désertés de l’espérance et de ses oasis de plénitude. Une vie d’homme quoi.

« Quitter le Hip hop ? Plutôt m’couper les dreads /
C’est comme brûler un feu/quand juste après le stop, c’est le vide…
Des tonnes de papier / des ratures / à la recherche du style
Etre à la recherche d’inspi n’a rien à voir avec la mort de l’instant.
La distance que j’ai prise a un sens et une cible /
Faire de la confiance des miens / Une chose indivisible.
Ma vision est saine / Et si Dieu veut, quand vous verrez les signes
C’est à coups de jets d’encre indélébile que j’imposerai mon style.
Comment tourner le dos / à ce que j’suis devenu ?
Comment pourrais-je seulement faire pleurer ma plume si ce n’est
Par le pouvoir que le Rap / a eu sur la vie de mes tracks ?
Cette musique qui se plaque à ma peau / poésie que je traque !
D’accord j’ai pris de l’âge dans le game
Mais ce game n’est fini que lorsque le film a signé The End !
Alors ouvrez les yeux, ce n’était qu’un de ces mauvais rêves…
Soldat de la prose, j’ai la plume pour emblème et le mic est mon glaive. »

Quand j’écoute cet homme que j ne connais qu’au fil de ses mots glanés ça et là et de quelques échanges, des mots de Césaire montent à ma mémoire. Ils reflètent bien mon regard sur l’artiste poétique qu’il est à cette escale de mes découvertes de lui et sur lui.
« C’est quoi une vie d’homme ? C’est le combat de l’ombre et de la lumière… C’est une lutte entre l’espoir et le désespoir, entre la lucidité et la ferveur… Je suis du côté de l’espérance, mais d’une espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté. »
Aimé CésaireEntretien dans Présence africaine, « La poésie, parole essentielle »)
Cet artiste est à nous cette après-midi, il vient à nous pour un Cœur à Cœur.
Je pourrais vous dire qu’il est né au Gabon où vivaient ses parents, mais que le Sénégal, terre de ses pères avant d’être siennes coule dans ses veines avec force.
Je pourrais vous dire qu’il est un artiste majeur de sa la scène Hip Hop sénégalaise sur laquelle il côtoie Awadi. Je pourrais vous dire qu’il a travaillé avec Daara J. family.
Je pourrais vous dire qu’il fait partie du groupe STILL, qu’il a déjà sorti deux albums, qu’il a des talents multiples, signe et produit des films, des documentaires, des albums d’artistes divers etc au travers de son label Trinaïn.
Je pourrais vous dire qu’il descend d’une longue lignée de griots et que quelque part, le verbe lui est atavique, structurel, essence.
Je pourrais vous dire que son africanité essentielle convie dans sa musique des instruments tels que le Tama ou la Kora.
Je pourrais vous dire qu’il est de ces artistes conscients dont le verbe relève à l’intérieur bien des africanités, des humanités courbées par l’histoire ou par la vie, par association ou par empathie.
Je pourrais vous dire que ses mots chantent aussi dans des langues venues de la terre de ses pères.
Je pourrais vous dire les raisons pour lesquelles son nom de scène est Ceptik et combien ce nom parle de lui.
Je pourrais vous dire qu’il est un acteur majeur des fameux « Vendredi Slam » et que de l’autre côté de l’océan sa réputation n’y est plus à faire.
Je pourrais vous dire la beauté de son timbre, mais il est là, écoutez et recevez, soyez transportés.
Je pourrais vous dire tant de choses objectives et subjectives, mais puisqu’il est là pour déclamer son âme convertie mots et pour échanger avec vous, avec nous, nous allons le laisser dire son parcours au fil des échanges et de vos questions.
Je pourrais encore vous dire la beauté de son timbre et la densité de son verbe, mais puisqu’il est là, écoutez et recevez, soyez transportés, et on en reparle.
Je pourrais aussi vous redire que je suis sous le charme de son univers, mais il n’est pas question de moi n’est-ce pas ? Il est question d’une rencontre entre vous et lui, entre le coeur que nous formons tous et son cœur. Entre nos cœurs, nous l’auditoire, capturés par ses mots.
Alors je nous laisse à Ceptik de nos cœurs au sien.
Bienvenue à toi Ceptik.
Merci pour ta confiance qui te conduit sur le territoire familial de notre Cœur à Cœur Acoustique. Sens-toi comme à la maison. D’ailleurs tu es chez toi. Nous sommes à toi, comme tu es à nous, de ton cœur aux nôtres et réciproquement.
Merci à vous d’accueillir Ceptik.
© Chantal EPEE

Un regard sur le monde raconté en musique, à la rencontre d’Etienne Mbappe

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Bonjour à tous, nous vous souhaitons la bienvenue. Merci de nous faire l’amitié de votre présence. Aujourd’hui, Afrodiaspor’Arts, notre association, dans le cadre de son Cœur à Cœur Acoustique, a le privilège de recevoir Etienne Mbappe. Qu’est-ce donc que le Cœur à Cœur Acoustique ? C’est une rencontre entre un artiste et un public. C’est un moment qui se veut intime, sans artifice, simple. C’est l’ouverture d’une parenthèse pour qu’un un échange soit possible entre nous public et une personne dont le langage est musique, un être dont les rires, les larmes, les espoirs, soupirs, extases et les sanglots dissimulés se disent, au plus près de son émotion, par une note de musique, une envolée lyrique, une percussion, un rif de guitare, un chœur, ou un silence entre deux notes. A Afrodiaspor’Arts que j’ai l’honneur et le privilège de présider, nous avons pensé le Cœur à Cœur Acoustique comme un lieu d’échange tout en simplicité. L’art est un pont entre les humains. Quelquefois, dans la fureur du vivre au présent et face aux assauts de l’existence, nous l’oublions. S’il est une époque qui a besoin de voir des ponts se construire entre les humains, c’est bien la nôtre. Quand nous communions autour de l’art en général, et de la musique en particulier, nous sommes « comme un ». Nous nous dépouillons l’espace d’un instant, de ces oripeaux qui étouffent si aisément l’être ensemble : la primauté donnée au phénotype, au religieux, au genre, à l’orientation sexuelle, sur l’humanité des êtres. Livrés à la musique, nous sommes juste un battement de cœur commun, somme de nos pulsations cardiaques et de nos émois mêlés. Et c’est ce battement de cœur qui fusionne avec l’art, avec l’artiste, transformant un concert, un récital en un moment unique, voire inoubliable. Le Cœur à Cœur acoustique, c’est le cœur d’un artiste qui vient à la rencontre des nôtres, des vôtres. C’est le partage d’une note, d’une vibration, d’un silence. C’est la possibilité d’être « comme un », liés par une émotion, par une indignation, un espoir, une communauté de regard. Afrodiaspor’Arts est une association qui a, entre autres vocations, celle de promouvoir les arts et les cultures d’Afrique et des diasporas noires. Le Cœur à Cœur acoustique est l’un des moyens dont nous disposons pour faire venir vers vous certaines des expressions artistiques afro diasporiques. Etienne Mbappe est un artiste dont recevons cet après-midi l’art. Auteur, compositeur, interprète, il a sillonné le monde avec sa basse durant plus de deux décennies au cours desquelles il a accompagné des artistes que je vous ferai la grâce de ne pas citer pour éviter que demain, l’on dise qu’Afrodiaspor’Arts fait la promotion de l’annuaire. Il y a une dizaine d’années, Etienne Mbappe, porté par un vouloir dire que la musique des autres ne pouvait raconter, s’est posé pour pousser un cri. C’est ainsi qu’a jailli un premier album de toute beauté : MISIYA (qui en langue Duala, idiome de la côte littorale du Cameroun signifie « les cris »). Ce premier album nous a enlacé l’âme, en particulier ceux qui ont le Cameroun au cœur et qui l’habitent à distance, par le cœur et par la mémoire. Cameroun o Mulema est devenu comme un hymne éternel. L’album n’a pas pris une ride. Cinq ans après, il annonçait la fin de la souffrance. « SU LA TAKE » Nous l’avons cru, puis…les banques ont fait faillite. Il va seulement nous dire aujourd’hui !!!! SU LA TAKE c’est aussi le nom du groupe qui l’accompagne sur les routes. Nous avons le privilège d’avoir avec nous Nicolas VICCARO de Su la Take que nous chargeons de dire à Cate, Cedric, et Clément notre admiration pour la beauté de leur travail aux côtés d’Etienne. Ils participent avec Etienne à suspendre les douleurs du présent le temps d’une chanson, d’un concert, d’une musique. Ils sont notre « parenthèse Su la Take ». Merci Nicolas. Par ce groupe, Etienne Mbappe annonce la fin de sa souffrance, de certaines errances et frustrations quand on a tant de choses à dire et pas d’espace pour l’exprimer. Ce second album était un de mes chocs artistiques et émotionnels de l’an 2008 si mes souvenirs sont exacts. L’écouter me transporte toujours autant Etienne Mbappe sait universaliser ses « je » pour nous offrir des lieux d’habitation et de Catharsis. Dire que j’apprécie cet artiste est un tel truisme. En octobre dernier, est paru, ENFIN, son troisième album, PATER NOSTER dont le titre est aussi celui d’une chanson hommage à sa mère qui habite désormais cet espace que l’on n’atteint que par le cœur, par la mémoire, par le souvenir de l’amour partagé, et par la mélancolie. C’est une chanson bouleversante à l’onomatopée près. De vous à moi, les onomatopées d’Etienne Mbappe sont en soi un poème. Ce troisième opus est un joyau que l’on ne cesse de découvrir. C’est un album qui révèle, pour ceux qui ne l’avaient pas discerné avant, la fibre panafricaine de l’artiste. C’est ainsi que dans les chansons qu’il nous offre entre autres son regard sur les douleurs du Mali pris dans les filets des intégrismes et des aspirations à la liberté du Maghreb et du Machrek que l’on a appelées en leur temps les printemps arabes. C’est ainsi qu’il explore les rythmes mandingues qu’il affectionne particulièrement, ainsi que des musiques arabes. C’est un bien bel album que vous pourrez vous procurer et vous faire dédicacer aujourd’hui. C’est pour moi un immense plaisir d’accueillir et de t’accueillir Etienne. Merci d’être avec nous et Merci Nicolas d’être là. Je vous laisse en sa compagnie, en leur compagnie. Fermez-vos yeux au reste du monde, ouvrez-vous à sa musique et laissez-vous porter par les univers qui habitent Etienne Mbappe. A toi Etienne, à vous, à votre cœur à cœur.

Le dernier album paru d’Etienne Mbappe

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Disponible à la ventre en téléchargement ici 

Possibilité de commander le CD ici