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23 Mars 2014 : Patrick Bebey & Sam Tshabalala

Francis Bebey et Sam Tshabalala

L’humilité est la marque des grands, des très grands. Nous avons rencontré deux talents extraordinaires dans des trésors d’humanité.

Il est des êtres dont la grâce transforme un instant en un lieu magique, exceptionnel. La douceur et l’humilité de Sam Tshabalala aura bouleversé plus d’un. Son parcours d’homme qui a vécu sous l’apartheid et lui a résisté sont un message fort. Il devrait raconter son histoire dans un livre car derrière les figures des héros officiels de l’Apartheid, il y a la somme d’anonymes qui par leur résistance au quotidien et leurs sacrifices ont mis à terre la bête immonde.

Dreams of peace par Sam Tshabalala accompagné de Patrick Bebey

Patrick Bebey nous a touchés par sa grande humilité, son humour pince sans rire, et son fabuleux talent. C’est un sacré conteur.

La sanza, l’instrument qui a créé le monde par Patrick Bebey

La complicité humaine et artistique des deux hommes est magique. Ils se connaissent depuis vingt ans. Ils sont amis. Cela se voit et s’entend.

Leur rencontre

A la demande du public Patrick Bebey reprend  Agatha, un standard de Francis Bebey, son père.

Nous avons eu de bons moments.

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Les belles humanités mêlées de Patrick Bebey et Sam Tshabalala

Francis Bebey et Sam TshabalalaBonjour à tous,
Merci d’être avec nous cet après-midi. Nous allons, nous en sommes convaincus, passer un beau moment grâce à vous, public exceptionnel de nos rencontres, et grâce à nos invités.
Aujourd’hui, nous avons le privilège, dans le cadre de notre Cœur à Cœur Acoustique, de recevoir deux artistes magnifiques et créatifs qui depuis quelques décennies, sur une scène ou une autre, dans un groupe ou en solo, laissent paraître l’éclat de leurs talents respectifs. Ce sont deux humanités singulières qui ont eu le privilège de se rencontrer, de se recevoir, de reconnaître l’une dans l’autre une résonance, une identité, une complémentarité, ou simplement un de ces indicible qui vous incite à de cheminer ensemble au son de notes de musiques,
Nous sommes d’autant plus heureux que l’un de nos rêves c’est de voir des univers musicaux se fondre par-delà les frontières subsahariennes et les distances. Nos deux invités nous font l’amitié de faire venir à nous l’Afrique du Sud et le Cameroun.
Pour moi qui suis sur terre depuis un nombre de décennie que trahit désormais les flocons neigeux sur ma tête, je me rappelle que dans mon passeport il n’y avait que deux pays dans lequel il m’était interdit en tant que Camerounaise de me rendre, la République Sud Africaine et la Rhodésie (Actuel Zimbabwe). Je me souviens du choc quand mes parents m’ont expliqué que là-bas, des personnes étaient criminalisées pour être née dans un vêtement de peau semblable au mien.
Pour moi qui ai connu l’époque où une hérésie politique au Sud de l’Afrique empêchait la rencontre entre sud-africains et ceux de mon pays, recevoir le Cameroun et l’Afrique du Sud ensemble est un prodige. Même s’il y a vingt ans que ce régime infâme n’est plus, des moments comme celui qui s’offre à nous me touchent. Oui je suis une personne sensible que voulez-vous ?

Sam TshabalalaSam Tshabalala est né dans une Afrique du Sud alors captive d’un régime dont l’abjection n’est plus à dire, un espace dans lequel, les autorités politiques avaient œuvré à transformer le phénotype des êtres en geôle. Les peaux en prisons, la carnation en cachot.
On y naissait prisonnier de définitions de soi déclassées, dévaluées, quasiment déshumanisées.
On y voyait le jour interdit d’espérance, comme si l’existence des non blancs devait être vécue comme insupportable, et celle des noirs une éternisation du vagissement initial. La vie promise à un noir dans cet espace devait être une existence sanglotée à l’ombre de la peine, du mépris, de la misère, sauf si intérieurement et/ou par des actions concrètes, l’on entrait en résistance contre ce système prédateur dans le but de le vaincre à terme.
La musique, comme dans d’autres espaces géographiques, sera en Afrique du Sud aussi, un vecteur de liberté et de résistance. Nous avons encore en mémoire des musiques venues de là-bas qui nous rappelaient que l’horreur vécue n’avait pas gommé l’humain dans tous les hommes.
En ce temps-là, en Afrique du Sud, les artistes et groupes noirs étaient contenus dans leur expression, empêchés de se produire, et pour cause : ils étaient susceptibles de libérer un vouloir dire qui aurait le pouvoir de mobiliser un peuple. Les régimes iniques savent leurs fondations fragiles.
Dans l’histoire des hommes, il est tant de musiques qui ont redonné de souffle à des révolutions, construit un lien entre des manifestants, initié un nous. Il était de bonne guerre de bâillonner les artistes.
Sam Tshabalala, chanteur et guitariste sera en résistance contre le système de l’Apartheid. Avec sa musique et ses textes, il parle de la situation de son pays, l’histoire douloureuse de ceux que l’on a cantonnés dans des townships et qui sont censés regarder la vie s’écouler à travers les grillages de la stupidité étatique. Sam chante leurs espérances en langues Zulu, Shangaan, Tswana et anglais lui ouvrant un large public. Mais l’Apartheid est une gangrène qui ronge les hommes de l’intérieur. C’est une pollution d’envergure qui suffoque ceux qui ploient sous son joug.
C’est ainsi que suffoqué, Sam quitte l’Afrique du Sud sans avoir le temps de dire au revoir à ses proches et s’exile en France. Depuis plus de vingt ans, il y réside.
L’Apartheid est officiellement terminé en Afrique du Sud,, la chanteur a eu le privilège de se produire en 1993 en l’honneur de Nelson Mandela. Parce qu’il a connu un visage de l’Afrique défiguré, blessé, il sait regarder cette terre par la fenêtre de l’espoir et le regard qu’il pose sur elle est plein d’espérance.
Sam nous revient avec un bel album Tatana Manana. Je n’ai pas le privilège de comprendre les langues sud-africaines dans lesquelles il s’exprime, mais le pouvoir, la magie de l’art opère. Le voyage est de toute beauté. La musique, l’art défient les frontières et font découvrir des fraternités à des personnes nées aux antipodes l’une de l’autre.
En France, Sam le résistant culturel exilé fait une rencontre essentielle, celle de Patrick Bebey.

Francis Bebey
Mais qui est donc Patrick Bebey ? C’est un chanteur, auteur, compositeur, musicien de jazz. Quand on lui demande de parler de sa musique, d’essayer de la définir il répond que sa musique c’est de l’ « AMAYA Jazz » (African Modern and Yet Authentic jazz), c’est-à-dire du Jazz moderne mais demeurant authentique. Il dit composer de la musique africaine avec des instruments occidentaux comme le piano. Si vous saviez quel explorateur de sons il est…
Patrick Bebey, à la différence de Sam, voit le jour dans un espace dans lequel à priori, l’on peut inventer sa vie, y faire librement des études, faire des projets sans envisager sa carnation comme une porte fermée. Fermée pour des avenirs que l’on construirait à force de travail, de passion, de détermination. Il grandit à l’ombre bienveillante d’un chêne, d’un baobab, se construit adossé à une colonne d’intelligence, de dérision et de sagesse, à un homme que des générations de mélomanes ont admiré : Francis Bebey, l’immense chanteur, écrivain, et journaliste disparu en 2001.
En plus des liens du sang et du cœur qui les unissent, un amour partagé pour la musique les liera davantage. Patrick aura le privilège d’accompagner son père en tournée et d’apprendre de lui ce qu’apprennent les fils d’artisans : le cœur d’un métier, ses valeurs, son exigence, et son intégrité. Ils l’apprennent en regardant faire, puis en faisant avec.
Dix années d’étude de piano classique, une exceptionnelle musicalité, une inventivité en termes de création et/ou d’arrangements et une vraie passion pour la musique le conduisent à créer son premier groupe Jazz d’échappement en 1983. Il accompagnera par ailleurs des artistes aussi variés que Francis Bebey bien sûr, Miriam Makeba, Geoffry Oryema, Francis Lalanne, CharlElie Couture, Papa Wemba, Lokua Kanza, réalisera des albums pour des artistes.
S’il fallait citer de manière exhaustive les collaborations et réalisations de notre invité, cela nécessiterait un Cœur à Cœur Acoustique en entier.
En ce qui me concerne, pour avoir vu Patrick Bebey sur scène il y a quelques années, je peux vous assurer que le voir en concert est en soi une expérience : virtuosité, générosité, finesse d’esprit, voyage dans des sons surprenants, et profondeur sont au rendez-vous. Ce musicien est un explorateur et un défricheur de sons incroyables. Pour lui, si Dieu était une musique, une chanson il serait « assurément des polyphonies pygmées ». Un explorateur de sons vous dis-je !
Patrick Bebey a offert au public un album hommage à Francis son père dans lequel les filiations humaine et musicales sont assumées avec tendresse, fierté et virtuosité.L’album s’intitule « Oa na mba », toi et moi et si on changeait l’intonation on aurait oa na mba (Tu dis que c’est mon tour, c’est à moi de reprendre le témoin.) C’est un bel album que l’on ne finit pas de redécouvrir. Il suffit de le laisser s’absenter de nos univers acoustiques quelques mois pour le redécouvrir autre et en retomber amoureux. En ce moment avec la chanteuse Noga, il ouvre un bel univers musical. Vous pouvez le voir sur scène avec elle du 26 au 29 Mars à l’Auguste Théâtre.
En en 1994, il débute une collaboration avec Sam Tshabalala, collaboration qui dure toujours, vingt ans après. Il a d’ailleurs réalisé le dernier album de Sam.
Cet après-midi, nous avons le privilège et le bonheur de recevoir ces deux immenses artistes, nous avons la possibilité d’accueillir la synergie de leur talents et les générosités d’artistes grâce auxquelles ils nous font l’amitié de se joindre à nous pour un temps d’échanges et de musique.
Merci Sam et merci Patrick pour votre confiance dans notre projet, dans mon bébé, le cœur à cœur acoustique.
Nous sommes là pour vous, pour vous rencontrer au travers de votre langage fondamental qui nous touche, nous enchante, nous fait vibrer, nous offre quelquefois des catharsis.
Nous sommes là pour vous rencontrer de cœur à cœur en tant que musiciens et humain.
La musique de nos humanités mêlées et de nos attentes extatiques est là pour vous, avec pour chef d’orchestre l’admiration et le respect des arts et des artistes et pour porte d’entrée sol une passion pour la musique. Nous allons ensemble atteindre la note bleue celle d’une belle rencontre.
Merci de faire une ovation à Patrick BEBEY et Sam TSHABALALA.